Michel Combes, l'homme de la dérobade

Michel Combes, l’homme de la dérobade

Mon propos fait suite au montant faramineux des indemnités de départ consenties à l’impétrant après seulement deux années aux commandes d’Alcatel-Lucent réputé en perdition à son arrivée. Sans entrer dans la polémique, je me contenterai de souligner que la ligne de défense de l’actuel PDG Philippe Camus, soutenu par son conseil d’administration, n’a pas convaincu les actionnaires, moi le premier. La fusion arrangée avec Nokia sous l’autorité de Michel Combes est une capitulation au vu des parités d’échange retenues très défavorables à Alcatel-Lucent dans leur définition même. Alors que j’ai contesté ces parités iniques lors de la séance des questions et réponses de l’assemblée générale du 26 mai, il me fut rétorqué par le directeur financier que celles-ci résultaient d‘une négociation, sous-entendant qu’il avait bien fallu en passer par là. Au-delà de cette fusion et de ses conditions très désavantageuses pour les actionnaires d’Alcatel-Lucent, je mets en cause la décision de Michel Combes d’abandonner son poste alors que le travail n’était pas fini. Comment prétendre que deux ans lui auraient suffi, grâce à sa connaissance des métiers d’Alcatel-Lucent, pour redresser un tel groupe ? Peut-on se contenter d’un seul indicateur financier, la trésorerie libre positive du dernier trimestre de son exercice pour la première fois depuis la fusion en 2006 entre Alcatel et Lucent ? C’est se contenter de peu de la part des actionnaires pour plébisciter la sortie triomphale de l’homme providentiel que s’était trouvé Philippe Camus, telle qu’illustré par le montant des indemnités de départ allouées. Il est apparent aux yeux de tous les observateurs de la scène dont le point de fixation relève des conditions financières de son départ précipité que Michel Combes a rompu son contrat de confiance avec les actionnaires. Artisan d’une fusion qui revient avant tout à une spoliation des actionnaires d’Alcatel-Lucent au profit de ceux de Nokia, notre transfuge se devait d’accompagner les actionnaires jusqu’à sa finalisation pour les convaincre du bien-fondé de son projet. En rejoignant dès le 1er septembre Numericable-SFR, Michel Combes a failli à ses devoirs de patron et l’ombre ainsi jetée sur sa réputation montante d’homme providentiel aura du mal à s’effacer. Nous lui opposerons l’exemple de Patrick Kron qui, lui, assume jusqu’au bout une fusion de son pôle énergie avec General Electric, tout aussi controversée. Les beaux esprits feront remarquer que les deux situations ne sont pas comparables, ce dernier proche de la retraite, ne peut prétendre se recaser pour rebondir. Si cela est bien vrai, je rétorque que la notoriété d’un patron telle que la revendique un Michel Combes ne s’acquiert pas par des cursus transitoires de si courte durée. L’avenir nous dira si j’ai eu raison de le brocarder ainsi.

 

 

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