La farandole du monde des affaires

Emmanuel Macron a été élu sur un programme dont le maître mot était le changement par la réforme, réformes des retraites, réforme du pacte social, héritage du programme du CNR (Conseil National de la Résistance). Venu du monde des affaires, le locataire de l'Elysée est tout autant épris de changement pour ce dernier, mais pour que rien ne change. Le monde des affaires bataille comme avant sans trop se soucier du climat social.

La semaine dernière, les marchés nous ont appris que Veolia lançait une offre pour le rachat de la participation d'Engie dans Suez avec l'ambition de mettre la main sur Suez. Veolia présidé par Antoine Frérot commercialise des services de gestion du cycle de l'eau, gestion et valorisation des déchets et gestion de l'énergie. Suez présidé par Bertrand Camus est expert des métiers de l'eau et des déchets. Ce projet nous ramène deux décennies en arrière quand la Générale des Eaux présidée par Gérard Mestrallet a lancé une OPA (offre publique d'achat) sur la Lyonnaise des Eaux présidée par Jérôme Monod, opération qui conduisit à la création du groupe Suez, présidé par le même Mestrallet. Nous connaissons la suite, Suez met la main sur GDF (Gaz de France) pour constituer le groupe Engie avant que celui-ci se sépare de Suez Environnement devenu Suez tout court. Nous assistons ainsi à une course poursuite dont la victime hier fut la Lyonnaise des Eaux et peut-être demain le nouveau Suez. Entre temps, la réussite d'Engie n'a pas été au rendez-vous alors que le groupe se cherche depuis des mois un nouveau directeur pour une nouvelle stratégie et une promesse de redressement. Dans cet imbroglio, nous retrouvons des protagonistes de l'ancien monde des affaires avec une Anne Lauvergeon responsable du désastre et de la disparition d'Areva et qui se recycle parmi d'autres fonctions dans le conseil d'administration de Suez alors que la banque conseil de Veolia n'est autre que Messier Maris et Associés, ce même Messier écarté autrefois de la présidence de Vivendi. 

Cette semaine, la place de Paris découvre que Bernard Arnault président et propriétaire d'LVMH est prêt à renoncer à son offre d'achat du joaillier américain Tiffany, opération pour laquelle il s'était engagé en novembre l'an dernier. Le Financial Times publie le texte en anglais d'une lettre sous la signature du ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian mettant en garde Bernard Arnault sur les risques pour son groupe du conflit qui oppose la France et les États-Unis à propos du projet de loi sur la taxation des GAFA que rejette le président américain avec la menace de taxer les produits de luxe. Bernard Arnault profite ainsi de l'appui direct du ministre des Affaires Étrangères pour dénoncer son accord du rachat et tenter d'obtenir par la négociation un prix en baisse pour son opération. Jamais le mélange des genres entre le monde des affaires et sa proximité avec le monde politique n'a connu un tel étalage.

Emmanuel Macron prompt à manifester à chaque occasion son pouvoir de décision ne peut être que l'arbitre de toutes ces opérations financières sous son mandat. En cela, rien ne le différencie du monde des affaires présidé par Nicolas Sarkozy lui aussi partisan du changement. Lui prônait pour lui le changement et à sa suite Macron voulait se réinventer. L'un et l'autre pourraient revendiquer la célèbrissime réplique extraite de l'un des chefs d'œuvre de la littérature mondiale "Il Faut que tout change pour que rien ne change" ou "tout doit changer pour que rien ne change" 

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