Michelin, un patriotisme économique bien écorné

Michelin vient d'annoncer la fermeture fin 2020 de son usine de pneumatiques pour poids lourds à la Roche sur Yon en Vendée. Ainsi, seront mis au chômage plus de 600 salariés dans une région jusqu'ici relativement épargnée pour le sous emploi. Cette décision relève de considérations purement économiques. Entendu ce matin la voix d'un spécialiste bordelais du marché mondial des pneumatiques pour poids lourds nous livrer les données de l'enjeu. Le coût de production de ce type de pneumatiques  compte tenu du prix de la main d’œuvre en France est de 70 euros l'unité pour un prix de vente de 400 à 500 euros, ouvrant ainsi à Michelin une belle marge opérationnelle. Mais celle-ci ne s'avère pas suffisamment profitable pour Michelin et ses actionnaires. En effet, l'entreprise fleuron industriel de notre pays trouve un mieux disant pour les coûts de fabrication de son pneumatique dans les pays de l'est et du tiers-monde où il peut l’obtenir à 50 euros. Il va donc délocaliser son usine.

Nous sommes bien loin du patriotisme économique d'une grande entreprise bien pensante au lourd passé remontant aux heures sombres de son activisme sous le régime de Vichy. Comment ne pas se souvenir de l’ambiguïté de sa relation patronale avec ses ouvriers quand l'entourage d'un ancien chef de maison recevant les plaintes sur les conditions de travail de ces derniers dans ses usines, exposés à la pollution du carbone matière première avec la gomme du caoutchouc, exprimer ses plus profonds regrets avec ce soupir " Ah si Monsieur François - en l’occurrence Michelin- savait cela!". Pas plus que du coté social, Michelin démontre qu'il n'a pas vocation à faire du patriotisme économique.

Il reviendrait à notre jeune et fringant président de la République, lui qui sait si bien caresser le patronat dans le sens du poil, de rappeler à la famille Michelin ses devoirs pour préserver l'emploi quel qu'en soit le prix dans une France menacée de désindustrialisation. Alors que la firme se porte bien financièrement, elle peut supporter quelques sacrifices sur son bénéfice annuel. Quand il est demandé des sacrifices à la France d'en bas avec la réforme des retraites, n'est-il pas normal que le grand capital soit mis à contribution. Bien que le poids de la famille Michelin dans le capital du groupe soit inconnu, il est loin d'être négligeable comme le démontre encore aujourd'hui le rôle qu'elle joue dans sa gouvernance .

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