Misère dans la rue

Si le racisme est une plaie de notre société, la misère dans la rue en est une autre tout aussi révoltante. Entendu ce matin sur France Culture le témoignage d'une femme, on ne saurait lui donner son âge, vivant dans la rue et privée ce jour de l'accès à des douches et aux toilettes. Cette dame exprimait sa honte d'avoir à se cacher pour faire pipi. Son sort laisse les passants assez indifférents, ce qu'elle oublie préférant se réconforter avec les gestes de solidarité venant de bénévoles et des œuvres de charité. 

Comment tolérer une telle misère dans le pays de la Déclaration des droits de l'homme en 1789. Comment accepter cet état de misère en violation de la devise liberté, égalité, fraternité, héritage de la 3ème République et inscrite dans la Constitution de 1958. Ce qui est en cause ici c'est la faillite de l'Etat à apporter le secours nécessaire à cette femme et à ses pareils abandonnés à la rue. Ce qui est en cause ici c'est l'égoïsme de l'establishment envers les plus pauvres voués à la misère. C'est l'échec de notre République à faire respecter l'exigence de Fraternité.

L'état c'est aussi cette République dont le pouvoir s'affiche à travers les agapes Élyséennes, Bregançon et compagnie. C'est le train de vie fastueux du Sénat et de la Chambre des Députés, cette dernière dont son ancien président régalait ses invités avec les plus beaux spécimens de homards. C'est cet ancien Premier Ministre candidat à la présidence de la République et qui est dans l'attente d'une décision de justice pour avoir rémunéré son épouse sur les deniers publics pendant des années sans que l'un et l'autre puissent apporter la preuve d'un quelconque travail en retour. 

Comment le président Macron peut-il rester indifférent à cette misère dans la rue dont a témoigné cette femme, alors que son épouse bénéficie à l'Elysée d'un cabinet et d'un chef de cabinet, alors que les anciens présidents de la République, Giscard d'Estaing en tête à 95 ans, bénéficient de bureaux particuliers avec cabinet et chef de cabinet. Ces privilèges n'ont aucune justification pour des hommes politiques qui ont fait leur temps et une épouse ne détenant aucun mandat électif.

Ses proches conseillers devraient s'adresser à ce président bien né et passé par le monde des affaires pour l'encourager à visiter à l'improviste les rues des faubourgs parisiens et des banlieues, refuges de la misère, afin de susciter en lui une prise de conscience de ses devoirs et de son engagement à faire respecter le mot fraternité dans la devise républicaine. Mais, il revient à nous aussi de ne pas détourner la tête devant l'appel de cette femme à respecter sa dignité. 

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