France, haro sur ses élites

Alors que la France s'enfonce dans une crise sanitaire, sociale, et économique, hors du temps et que l'appareil de l'Etat pour y répondre est aux mains d'une technocratie qui a pris le pas sur le politique, le Monde en date du 10 octobre nous a livré une tribune de grande actualité sur ce qui constitue les élites de notre appareil d'Etat. La journaliste Solenn de Royer s'appuyant entre autres sur un essai de l'aube et de la fondation Jean Jaurès traitant du sujet, rappelait des vérités sur le corporatisme de l'appareil d'Etat qui a conservé toute son actualité quand on se reporte à l' ouvrage, à lire ou relire, l'Etrange défaite de Marc Bloch rédigé en 1940 alors que la France dont l'armée qui s'était crue invincible avait été battue en rase campagne en quelques semaines par les troupes allemandes.

Le grand historien des Annales à porté un verdict très sévère sur la faillite des élites responsables de l'effondrement de la France. Voici ce qu'il écrivait au chapitre Examen de conscience d'un Français "... L'école Polytechnique, dont les bancs voient se nouer, pour la vie, les liens d'une si merveilleuse solidarité, ne fournissait pas seulement les états-majors de l'industrie, elle ouvrait l'accès de ces carrières d'ingénieurs de l'Etat, où l'avancement obéit aux lois d'un automatisme quasi mécanique. Les universités, par le moyen de tout un jeu de conseils et de comités, se cooptaient à peu près complètement elles-mêmes, non sans quelques dangers pour le renouvellement de la pensée... Le régime eut-il tord ou raison de respecter ces antiques corporations ? On peut en disserter à perte de vue. Les uns diront: Stabilité, Tradition d'honneur. Les autres, vers lesquels j'avoue incliner, répliqueront: routine, bureaucratie, morgue collective".

Quatre vingts ans après, le constat est le même. Que lit-on sous la plume de la journaliste Solenn de Royer pour dénoncer les inamovible de la fonction publique au banc des accusés. Ils constituent une caste bénéficiant d'avantages hors du temps. Elle évoque l'homogénéité des élites, entre soi, inertie, au premier rang desquels la résistance du puissant réseau des Polytechniciens, école restée inchangée, intouchable.

La France est malade de ce corporatisme qui nourrit depuis près d'un siècle, une élite insensible à la fracture sociale entre peuple et élite qui divise le pays.

Ne murmure t-on pas que c'est au cours des dîners mensuels du Siècle, association regroupant les dirigeants les plus influents dans tous les domaines de la vie publique, que s'élaborent les grandes réformes à mettre en œuvre par le chef de l'Etat et son gouvernement ! 

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