Il faut rester digne de sa fonction

"Il faut savoir terminer une grève..."s'était exclamé Maurice Thorez, secrétaire général du Parti Communiste, à l'issue des grèves du Front Populaire, en juin 1936. Aujourd'hui, le Premier Ministre et à sa suite ses porte-parole, ont porté le même message emboîtant ainsi leurs pas dans ceux, il y a plus de quatre vingts ans, du Fils du Peuple, sobriquet donné à Thorez. De tels propos dénotent le mépris de classe de cette élite technocratique et arrogante à l'égard du petit peuple des grévistes qui font le sacrifice de leurs salaires pour plus de quarante jours afin de défendre un régime de retraite spécial conquis de hautes luttes par leurs aînés. Ces hommes qui nous gouvernent n'hésitent pas à tenter de retourner contre les grévistes malgré leurs sacrifices, l'opinion des Français qui chaque jour sont confrontés au manque de transports urbains ou territoriaux.

Que peut entendre cette classe politique au pouvoir aux mains d'un ancien jeune banquier affairiste, dont tous les siens sont habitués à vivre dans le luxe des palais de la République. Le train de vie d'Emmanuel Macron, à la suite de ses prédécesseurs, dans la fonction est plus que princier avec une dotation de 101 millions d'euros par an. Oui, 101 millions d'euros par an quand l'Etat vient de concéder 500 millions d'euros par an à partir de 2021 seulement, à l'augmentation du budget salarial du corps des enseignants. Question mobilité, cette élite de la politique ressent bien peu les effets de la grève des transports quand à longueur de journées, ses voitures de fonction escortées de motards sillonnent les boulevards parisiens au son de leurs sirènes comme trop pressée par ses obligations alors que ses représentants ont été si lents à négocier une porte de sortie de crise.

La politique laxiste d'Emmanuel Macron face à la contestation contre la réforme des régimes de retraites, trouve son antidote dans son coup de képi de Chef des Armées pour imposer aux chefs des gouvernements des cinq pays du Sahel, une force d'intervention de près de 5.000 hommes pour combattre à leurs cotés sur un territoire vaste comme l'Europe alors que se renforcent de jour en jour les mouvements d'opposition disons claniques. Comment accepter en notre âme et conscience, qu'un jeune Président qui n'a connu que les fauteuils d'une banque internationale avant de franchir le pas de la politique puisse disposer ainsi de la vie de nos soldats dans une présence africaine héritée de notre passé colonial! Nos valeurs républicaines exigeraient que l'engagement de la France dans ces territoires des opérations extérieures face l'objet d'un débat parlementaire à la hauteur des enjeux, débat contradictoire, il est vrai, auquel Hollande déjà engagé au Sahel ne s'était pas prêté.

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