Algérie, le devoir de mémoire

Le Monde vient de publier une série d'articles pour faire connaître la protestation des historiens contre la décision du pouvoir de fermer l'accès aux archives tamponnées  secret défense national, et précisément celles concernant la période de 1940 à 1969 c'est à dire au delà du délai de prescription de 50 ans prévu par le Code du patrimoine. Les historiens dénoncent ainsi cette décision qui les prive de l'information indispensable à leurs travaux de recherche alors qu'ils y avaient eu accès auparavant depuis des décennies comme démontré par les nombreuses citations de ces textes aujourd'hui interdits de consultation et publiées dans leurs ouvrages. Sont particulièrement concernés les évènements de la guerre d'Algérie dans le cadre des guerres coloniales de l'après guerre.Face à ce déni de justice, qu'en est-il de l'engagement du président Macron à ouvrir aux historiens les archives concernant la disparition de Maurice Audin? Ce jeune mathématicien, membre du parti communiste et défenseur de la cause des Algériens revendiquant l'indépendance de leur pays, a été torturé et assassiné, tout laisse à croire, par les jusqu'au-boutistes de l'armée française qui ont nié les faits laissant sa famille dans l'ignorance de son sort et de sa sépulture. Maurice Audin fait parti de ces hommes de l'ombre au premier rang desquels les communistes du parti de la Résistance sous l'occupation et dont la mémoire a été marquée par l'ingratitude et un mépris saisissant de la part des hommes revenus au pouvoir après la libération en 1944. Le peuple algérien a su rendre hommage au sacrifice de Maurice Audin en donnant son nom à une place de la ville d'Alger.

Mais là n'est pas tout l'objet du rappel de cette dénonciation par les historiens de la mise sous le boisseau récent des secrets de l'Etat touchant à tous les évènements liés à la guerre d'Algérie et à ses prolongements. Le voile n'a toujours pas été levé sur les campagnes d'essais nucléaires conduits par la France au Sahara de 1960 à 1966 conformément aux accords d'Evian du 18 mars 1962. Les premiers tirs à l'air libre ont débuté en février 1960 à Reggane mais leur dangerosité liée aux retombées radioactives a déplacé le centre des essais de Reggane à In Ekker dans le Hoggar. En procédant à des essais souterrains, cette nouvelle campagne  à partir de novembre 1961 a été marquée par la catastrophe du tir Béryl, le 1er mai 1962, qui a laissé échapper d'une galerie de tir creusée dans la montagne du Tan Affela, un important nuage  de poussières radioactives dont les retombées ont irradié les sols et les populations jusqu'aux limites de l'espace Saharien de l'Algérie et bien au delà.

Comment s'étonner que les historiens qui ont travaillé et publié sur la guerre d'Algérie n'aient pas élargi le champ de leurs recherches au déroulement des campagnes d'essais nucléaires qui ont permis à la France de se doter de cette arme dissuasive, si les archives classées secret défense leurs sont interdites de consultations! La catastrophe  du tir Béryl est maintenant connue grâce à des témoignages mais il existe de fortes présomptions que d'autres accidents sont intervenus jusqu'en 1966 . Alors que disparait la génération des témoins de ces essais nucléaires , au premier rang desquels  les appelés du contingent présents sur place et irradiés, ce texte est un appel au devoir de mémoire qui impose à l'Etat l'ouverture dans les plus brefs délais des archives classées secret défense et sans aucune interdiction aux historiens de la guerre d'Algérie et de ses suites. Le président de la République est responsable auprès des Français de la recherche de la vérité sur ce passé trop vite oublié.

Benjamin Stora l'Historien plébiscité  de la guerre d'Algérie pour ses nombreux ouvrages n'attend peut-être que cet accès aux archives pour documenter la responsabilité de la France pour avoir exposé les populations Sahariennes aux retombées de ses essais nucléaires. La population Touareg  est en droit de connaître les conséquences pour leur santé de l'irradiation de leurs familles à l'époque des faits et si leur environnement ainsi contaminé continue à être un facteur de risque.

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