Un courtisan tel qu'en lui-même

Je veux parler d'Alain Minc. Il a été l'invité ce samedi de l'émission Politique d'Hervé Gardet sur France Culture. Je ne sais s’il peut figurer au palmarès de l'association Anticor pour les casseroles mais il demeure un homme proche des médias dont les propos et les prises de positions ne sont pas toujours prises au sérieux. Nous en avons eu encore une preuve à propos de la sortie prochaine de son essai Voyage au centre du système. Loin de moi l'idée de revenir sur les détails de la partie de punching-balls à laquelle se sont livrés les deux protagonistes de l'émission dont le sujet principal était de justifier la réputation d'Alain Minc de conseillé des princes qui nous gouvernent. Rien de ce que nous avons appris des jugements qui portent sur la crise de société que le pays traverse n'a pu me convaincre de la valeur des conseils qu'il peut apporter aux puissants sans pour autant sous-estimer comme l'a dit la rumeur, l'influence qu'il a eu à travers la caste des Inspecteurs des Finances dans la nomination de certains grands commis de l'Etat. Je me limiterai à commenter pour les épingler certaines idées avancées qui prêtent à sourire.

Ainsi à propos du capitalisme à la française si Monsieur Minc à juste titre défend en Antoine Riboud, fondateur de Danone, le modèle à suivre tant pour son coté social que sa réussite industrielle, grâce à une gouvernance et une implantation bien française, comment ne pas s'interroger aujourd'hui sur son rôle de conseillé du fonds activiste l'américain Elliot qui tente de mettre la main sur l'un des fleurons du CAC 40, Pernod Ricard, autre entreprise bien française à la gestion familiale éprouvée. Voici un homme qui conseillé du prince, hier Sarkozy et aujourd'hui Macron, comme il le laisse entendre, se fait rémunérer comme lobbyiste et sans état d'âme, de la finance étrangère à l'assaut des entreprises françaises.

Mais revenons à la politique pour entendre notre homme évoquer cette nouvelle antienne qui à la faveur du souverain Macron, à savoir que les français ont trouvé dans la 5ème République la monarchie élective, confirmant ainsi qu'ils n'ont jamais renoncé aux têtes couronnées. Comment ne pas répondre à Monsieur Minc que la 5ème République n'a fait que remplacer sur la tête du chef de l'exécutif, le bonnet phrygien de la Révolution par le képi d'un général 2 étoiles que chacun des successeurs de de Gaulle à plus ou moins porté,  si ce n'est Jacques Chirac comme porte-drapeau de ses campagnes électorales, et aujourd'hui Emmanuel Macron en ordonnateur de la répression policière de la révolte des gilets jaunes.

Alain Minc se dit lassé de l'entre-soi des dîners mondains sans renoncer toutefois à sa renommée d'homme d'influence dans la cour des princes, se croyant toujours avoir un avenir dans les cénacles du pouvoir que le balancier penche à gauche comme à droite. Aussi ne ménage t-il pas les coups d'encensoir pour célébrer selon lui les 2 épisodes majeurs de l'histoire de la 5ème République  par leur incidence sur la vie de tous les français y compris la sienne,  qu'il attribue au rôle de Mauroy pour convaincre en 1983 Mitterrand d'opter pour l'austérité, et en évoquant la semaine de 2008 où Sarkozy a sauvé le système.

Pour conclure, sur la finalité de l'émission d'hervé Gardet, Alain Minc a servi la soupe à Emmanuel Macron comme le font chaque jour les élus de sa majorité parlementaire de la République en marche. Espérons que le Président de la République trouvera d'autres conseillers que ce cheval de retour du système politique pour réconcilier les français avec un idéal républicain porteur du bonnet phrygien loin du modèle de la soumission au prince des élites de nos grands corps d'Etat.

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