Nucléaire en France, aggiornamento ou pas

Après 40 ans de production en France, le nucléaire soulève un défi que Macron et son gouvernement n'ont pas été capables de relever jusqu'ici alors que le temps presse de faire des arbitrages pour lutter contre le réchauffement climatique.

Rappelons les faits. Avec son parc de 58 réacteurs hier et 56 aujourd'hui, la France dispose d'un atout avec un des taux de carbone le plus bas dans le monde pour sa production d'électricité. Le problème de la sûreté nucléaire soulevé par les catastrophes de Three Mile Island, Chernobyl et Fukushima a suscité de plus en plus d'interrogations dans le public et surtout chez les riverains des centrales sur les risques auxquels la radioactivité suite à un accident pourrait les exposer, allant jusqu'à envisager en cas d'un accident grave l'évacuation de tout un territoire. Dans ce contexte, EDF l'entreprise nationale contrôlée à plus de 80% par l'Etat, est-elle en mesure de donner une réponse satisfaisante à leurs inquiétudes en réhaussant les normes de sécurité appliquées à leurs réacteurs?

Ces réacteurs dont la construction a démarré après la crise pétrolière en 1973, ont été conçus pour une durée de vie de 30ans et l'Autorité de sûreté nucléaire ( ASN) autorise l'opérateur à prolonger leur durée de service de 10 ans sous réserve de lourds investissements au niveau de la cuve du réacteur et de son enceinte en béton. Il est question d'un coût de 15milliards d'euros alors qu'EDF est endetté à hauteur de 42 milliards d'euros. Rien n'est prévu dans cette optique pour refinancer EDF dans le plan de relance de l'Europe et sa dotation de 100 milliards d'euros pour la France Quand on songe que certains entrevoient de prolonger jusqu'à 60 ans le service des réacteurs, ne faut-il pas se poser déjà la question à quel prix pour la maintenance alors qu'il est déjà estimé à 50milliards d'euros pour 20ans de plus.

L'expérience de la France dans le nucléaire a été reconnue dans le passé, mais qu'en reste t-il aujourd'hui avec l'échec de la construction de l'epr de Flamanville et son dépassement des coûts de 15 milliards d'euros soit 5fois le montant initial prévu, et 10ans de retard sinon plus pour sa mise en service. Bien des raisons expliquent cette rupture d'expérience au 1er rang desquels l'incapacité de l'Etat à se projeter dans le futur.

Là ne se limitent pas les graves problèmes que pose le nucléaire pour l'environnement. Jour après jour, il produit des déchets de moyenne radioactivité, mais aussi de très forte radioactivité. Des masses de produits radioactifs sont ainsi stoquées, les premiers dans des piscines en surface pour des temps immémoriaux, et les seconds avec pour seule alternative jusqu'ici l'enfouissement à une profondeur de 500m pour l'éternité, quitte à bouleverser les équilibres naturels dans les couches géologiques.

Quelle est la réaction du politique et de nos dirigeants confrontés à décider de l'avenir du nucléaire? Observons que la Convention citoyenne pour le climat n'avait pas ce sujet à son programme, mais il était difficile d'admettre que 150 citoyens tirés au sort et sans expérience aient à formuler des propositions en dehors de toute expertise. Devant le silence déconcertant de Macron mais aussi de l'opposition dont les défenseurs de l'environnement, le seul homme fort pour le moment est Jean Bernard levy président d' EDF qui vient d'exposer ses vues sur l'avenir du nucléaire devant les sénateurs et les députés avec pour objectif de pousser les feux pour pérenniser la part du nucléaire dans la production d'électricité. Dans l'aventure du nucléaire avec un grand patron comme Marcel Boiteux, grand connaisseur de son sujet, nous pouvons nous demander si Jean Bernard Levy est l'homme de la situation sachant qu'avant de rejoindre EDF, il a dirigé pendant 10ans Universal music chez Vivendi.

Notre Président de la République si prompt à prendre en mains les grands problèmes du moment s'est montré jusqu'ici bien silencieux sur ce qu' il compte faire du nucléaire en France malgré l'importance et l'urgence de décider d'une politique sur le futur du nucléaire. Ce sujet n'apparaît pas être inscrit au programme de la prochaine bataille électorale pour la présidence de la République. 

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