Macron, préciosité de langage

On aime ou on n'aime pas. Chaque président de la 5ème République se prévaut d'avoir un lien direct avec le peuple et ses électeurs. L'objet est le plus souvent une circonstance exceptionnelle et la crise actuelle n'y déroge pas car depuis que la pandémie a touché notre pays, le président s'est adressé à 4 reprises aux Français de son palais de l'Elysée. Chaque président s'est exprimé avec un langage et des mots qui reflètent sa culture et ses belles lettres. De Gaulle, Pompidou et Mitterrand en sont les meilleurs exemples. Mêmes privés d'une formation intellectuelle comparable à celle de ces 3 illustrés président, Giscard, Chirac et Sarkozy s'adressant à leurs concitoyens avec un propos digne des salons parisiens fréquentés par la haute bourgeoisie. Hollande n'a pas totalement échappé à cette règle. Bien sûr, il est arrivé à chacun de ses présidents de s'abaisser à faire peuple. Pour ceux qui l'on connu, personne n'a oublié les sauts de cabri sur une chaise aux cris de Europe, Europe, Europe de de Gaulle pour évoquer le sujet dans un entretien à la télévision. 

A Toutes ces simagrées, Macron sur ajouté la préciosité du langage et la compassion de façade. Il n'y a pas dérogé ce dimanche. Voici pour la forme. Sur le fond, alors que des dizaines de millions de téléspectateurs l'ont écouté qui peut prétendre que tous où du moins la majorité d'entre eux, n'ont pas pensé à autre chose quand il a égrèné comme dans un évangile les succès de sa direction du pays aux côtés des Français! S'en suivit sa distribution de bons points aux Français les plus méritants dans la crise, auxquels il a associé le service d'ordre républicain aux mains des policiers et des gendarmes.

Sur l'après crise, son annonce de la renationalisation des ambitions du pays sonnait aussi faux que son programme électoral de 2016 revendicant la mondialisation et le néolibéralisme comme la seule issue pour ouvrir la voie de la prospérité au pays. Plus prosaïquement, comment cet homme arrivé jeune au fait du pouvoir peut-il croire que l'homme de la rue, l'homme ordinaire dont les représentants furent les gilets jaunes, les grévistes contre sa réforme des retraites, les oubliés des banlieues, les chômeurs, les familles dont les enfants ont été privés de leur seul vrai repas de la journée avec la fermeture des cantines, les jeunes échappant à l'école et à toute formation professionnelle, les millions d'immigrés issus de la colonisation, aient trouvé dans ses propos télévisés de circonstances, les réponses à leurs angoisses ?

Recommandons au président Macron dans ses moments de détente de relire Les Précieuses ridicules de Molière. 

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