EDF, scandale public

EDF et son nucléaire jadis fierté du savoir-faire de la France part en quenouille ou en d'autres termes est menacé de faillite. Construits à partir de 1977, les premiers des 58 réacteurs équipant nos centrales nucléaires ont atteint leur limite d'âge après 40 ans de bons et loyaux services. Faute de relève avec des centrales équipées de réacteurs de nouvelle génération, des investissements sont prévus pour prolonger leur exploitation au delà de 40 ans avec leur remise à niveau pour des questions de sécurité post Fukushima alors qu'EDF supporte déjà une dette de près de 33 milliards d'euros. De 55 à 75 milliards d'euros à raison de 5 milliards d'euros par an sur de nombreuses années seront nécessaires. Ces coûts additionnels exorbitants pour un parc vieillissant ne tiennent semble t-il pas compte des investissements à envisager plus tard pour démanteler ces réacteurs et sécuriser pour la nuit des temps leur production de déchets les plus radioactifs sachant que nous ne disposons aujourd'hui d'aucune solution pérenne. Comment ne pas mettre en cause l'imprévoyance  et l'impéritie des dirigeants qui se sont succédés à la tête de l'entreprise pour mettre sur pieds notre filière nucléaire, devenus aujourd'hui des pieds d'argile?

Si le passif est lourd, l'avenir de la filière avec la construction de réacteurs de nouvelle génération n'est pas plus brillant. Comment comprendre qu'à l'issue de 10 ans de travaux  la centrale de Flamanville connait de nouveaux retards pour sa mise en exploitation suite à la détection par les autorités de sécurité sur les cuves en acier de microfissures alors qu'elles sont déjà installés dans l'enceinte protectrice d'un épais mur en béton? L'Autorité de sureté nucléaire comme il faut s'y attendre va exiger une mise aux normes de celles-ci. Cette centrale d'un coup initialement prévu à 3 milliards d'euros voit celui-ci atteindre 11 milliards d'euros sans compter de nouveaux investissements dus à des malfaçons.

Comment l'entreprise peut-elle faire face à de tels surcoûts pour sauver sa filière nucléaire, déjà une augmentation de 5,9% de ses tarifs est programmé mais de nouvelles hausses, et quelles hausses, ne peuvent être envisagées pour renflouer les caisses de l'entreprise et parer au plus pressé. L'Etat doit se résoudre à préparer la renationalisation d'EDF pour assurer la survie de sa filière nucléaire. Il reviendra donc aux contribuables de refinancer l'entreprise.

Comment en est-on arrivé là et qui sont les responsables d'un tel naufrage? Le citoyen est en droit d'exiger l'ouverture d'une enquête publique et à cette fin devrait être constituée une commission d'experts indépendants loin des alliances, des filiations, des connivences qui règnent au sein de nos grands corps d'Etat, vivier dans lequel  celui-ci actionnaire à hauteur de 83,7% a puisé pour désigner les dirigeants d'EDF. Comment ne pas s'interroger aussi sur la passivité des conseils d'administration dont les membres sont cooptés parmi cette même élite,

L'avenir nous dira si l'exécutif se fera un devoir de répondre à nos attentes.

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