Le devoir de dénoncer

L'Etat de droit à bon dos. France Culture aujourd’hui a programmé une journée de débats à travers toutes ses émissions. Guillaume Erner dans Ses Matins a invité une juriste et un avocat pour aborder ce sujet du droit. Ses interlocuteurs ont brandi l'état de droit célébré comme une avancée dans notre pays pour défendre des propos de Dieudonné et de Zemmour s'exhibant notamment sur des chaînes de télévision à grand succès au nom du négationisme et de l'antisémitisme. Ces propagateurs d'une falsification de l'histoire sont les héritiers d'un Jean Marie Le Pen déclarant que la Shoah n'avait été qu'un détail de l' histoire et qu'après tout il n'avait jamais vu une chambre à gaz.

C'est le déshonneur de notre pays au nom de l'Etat de droit de laisser se propager de tels propos. Après le 18juin 1940, la France n'était pas à Londres mais à Vichy. Sous le régime de Pétain, les gardes mobiles et non les Allemands ont raflé hommes, femmes et enfants juifs dont 80.000 ont été exterminés dans les chambres à gaz.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là, où était l'Etat de droit pendant la guerre d'Algérie quand l'armée française a torturé arabes et kabyles qui ne relevaient pas d'un code de l'indigénat, mais de la France du droit puisqu'ils appartenaient à l'Algérie française. Où étaient ces bonnes âmes, probablement pas nos juristes de ce matin, mais leurs anciens dans la fonction, pour dénoncer ces crimes contre l'Etat de droit et contre l'humanité. Où étaient ces bonnes âmes quand l'administration française a déplacé 2 millions d'Algériens, hommes, femmes et enfants, dans des camps de regroupement loin de leurs villages et de leurs parcelles de terre dans les montagnes, les laissant mourir de faim ou de maladie. Où étaient ces bonnes âmes quand le 17 octobre 1961 les C.R.S ont réprimé la manifestation des travailleurs algériens à Paris réclamant l'indépendance de leur pays, en les balançant dans la Seine par dizaines, on ne connaîtra jamais le nombre. Certes il y eut quelques grandes voix pour dénoncer ces exactions, mais vite étouffées et peu défendues.

Guillaume Erner ce matin s'est voulu l'avocat du diable face à ses deux zélateurs, mais il s'est très vite laissé déborder laissant l'avantage à ses deux protagonistes dans ce débat à propos du négationisme et de l'antisémitisme où était en jeu l'honneur de notre pays au mépris des leçons de l' histoire .

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