Ressenti de la grève

Je suis d'un âge qui a connu beaucoup d'événements. Parisien, ces 45 jours de grève ont glissé sur moi sans réelles conséquences mais j'en ai retenu une leçon. Il m'a fallu circuler régulièrement dans le centre de la capitale avec comme seul moyen de transport l'autobus. Selon les jours et les lignes empruntées peu d'entre eux circulaient et lorsqu'ils faisaient l'arrêt devant la station, peu de voyageurs pouvaient monter en poussant et s'en tassant avant que les vantaux des portes ne se referment. À l'intérieur nous nous ecrassions les uns contre les autres, agrippant si possible les barres métalliques du couloir. Les passagers préoccupés par les conditions pénibles de leur station debout et leur anticipation pour gagner au moment voulu la porte de sortie, échangeaient peu entre eux. À aucun moment, je n'ai entendu des protestations, ou des disputes pour les bousculades occasionnées, pas plus que pour dénoncer la grève et les grévistes. À leur volant, les conducteurs faisaient tout ce qui était en leur pouvoir pour assurer leur service dans les moins mauvaises conditions pour les passagers alors que la conduite était de plus en plus difficile pour eux. Pourquoi ces chauffeurs salariés de la RATP et dont les syndicats portaient la grève, n'y participaient pas ? Beaucoup étaient silencieux mais certains, au moment de redémarrer, avaient envie de s'exprimer pour en quelque sorte se justifier. Ils étaient entièrement solidaires avec leurs camarades grévistes. À leur écoute, nous ne pouvions interpréter cette prise de position volontariste sans participation à la grève que pour des raisons pécuniaires. J'exprime ainsi mon vécu de cette expérience bien limitée de la grève pour réagir aux discours de la France d'en haut qui nous gouverne, Premier ministre, ministres et porte-parole du gouvernement, stigmatisants l'action des grévistes jusqu'à leur demander de cesser leur mouvement après 6 semaines de grève au nom de la pénibilite subit jour après jour par leurs compatriotes. C'était faire peu de cas des sacrifices acceptés par les grévistes dont à leur suite femmes et enfants en arrivaient à ne se nourrir que de pâtes.

Les arrêts de travail des grévistes ont été accompagnés de manifestations de rues rassemblant des foules conséquentes dans la capitale et les grandes villes sur tout le territoire. Ces défilés ont été marqués par des violences dont nous avions déjà observé les effets lors du mouvement protestataire des gilets jaunes. Le pouvoir politique en place a rejeté la responsabilité de ces violences sur les manifestants armés pour certains de cocktail molotov ou de pavés. Comment ne pas opposer à ces discours trompeurs, la réaction des médias en Europe qui dénoncent la France pour ses forces de répression dans les manifestations ! En effet, dans quelle autre démocratie, les armes des forces de police eborgnent et mutilé t des gens du peuple, leurs compatriotes, l'action des policiers allant jusqu'à bousculer et renverser des femmes grévistes.

Venons-en à l'objet de cette grève, la réforme de nos régimes de retraites dont le financement sur le long terme ne serait plus assuré compte tenu du déséquilibre démographique entre actifs et retraités mais aussi du refus des organisations patronales de cotiser davantage pour leurs salariés, en pratiquant le chantage sur l'emploi et le tarissement des ressources financières des sociétés pour investir en France. L'arbitre de cette contestation arrivée à un paroxysme rarement égale sous la 5ème République est le président Macron qui n'en a cure, se divertissant dans les théâtres parisiens et les dîners en ville, moments de dilettante auquel il est abonné et qui n'ont rien à voir avec la publicité faite par son entourage vantant son acharnement de tous les instants au travail comme au fort de Brégançon pendant les fêtes de fin d'année. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.