Georges Clemenceau et La Mêlée sociale

Georges Clemenceau et La Mêlée sociale

   Quel oubli de l’Histoire lorsque l’homme politique qui depuis près d’un demi-siècle continue à être cité à tout bout de champ par les medias est De Gaulle dont le Mémorial a largement été servi par ses soins de plume ! Je préfère évoquer à bon escient Georges Clemenceau, non pas pour exalter ce qui lui est acquis pour toujours, la Victoire de 1918, mais pour rappeler son engagement de grand homme politique parmi une génération qui a aussi connu Jaurès. 

   Alors que notre pays traverse les heures sombres d’un terrorisme sans foi ni loi, qu’aucune doctrine de quelque nature qu’elle soit ne justifie et qui appelle pour y répondre à l’Union nationale, celui-ci est confronté aux prémices d’une révolution exigée par le rétablissement de nos équilibres financiers. Pour ce faire rien de plus tentant que de s’attaquer au système de l’Etat-providence, une avancée sociale mise en place dans l’après-guerre et considérée par tous les bénéficiaires comme un acquit indestructible. Et pourtant, celui-ci se trouve aujourd’hui menacé par une réforme remettant en cause ses libéralités, du moins telles qu’elles sont dénoncées par les propagandistes d’une refonte du système de protection sociale, faisant appel à l’initiative individuelle pour s’assurer.

   Avant d’engager une telle réforme, que nos dirigeants de tous bords retiennent les leçons de justice défendues par le tribun Georges Clemenceau dans son ouvrage majeur La Mêlée sociale publié en mars 1895 (*). L’homme politique appelait à une réforme des impôts à l’adresse des classes populaires démunies car charges jugées cruellement iniques par ce Français de 1894 comme il se désignait lui-même. Que nos élus d’aujourd’hui méditent sur cette pensée politique sous la plume de Georges Clemenceau qu’il nous revient de lire ou relire :

« Sans parler du résultat matériel, qui peut dire l’effet d’une grande réforme hardie sur le moral de la nation toute entière ? Un gouvernement devenu populaire parce qu’il aurait été courageux et juste, entraînant l’opinion, entraîné par elle ; le législateur prenant goût à l’action, poussé par le succès d’une réforme vers une réforme nouvelle ; un peuple trouvant enfin où se reprendre, où mettre ses espérances ; l’union refaite ; l’horizon éclairci ; la France dans toute sa force d’expansion heureuse. »

 

(*) Réédité en 2014 chez Honoré Champion, Paris   

  

      

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