Fessenheim et après, beaucoup de questions, peu de réponses

L'arrêt de deux réacteurs après 43 années de service à Fessenheim,notre plus vieille centrale nucléaire,sera suivi de 12 autres sur 58 réacteurs pour ramener la part de cette énergie dans la production d'électricité de plus de 70% aujourd'hui à 50% d'ici 2040. Cette programmation soulève beaucoup d'interrogations que nous allons commenter l'une après l'autre.

Nous ne pouvons déjà qu'être étonnés que le personnel de la centrale attaché à son outil de travail ne soit pas tenu à un droit de réserve alors qu'il proclame que ces arrêts sont un non sens économique car ces 2 réacteurs selon eux étaient encore en état de marche pour des années. Rappelons que seule l'Autorité de Sureté Nucléaire est habilitée à se prononcer sur l'état de service de ses réacteurs.

L'attention du public aujourd'hui est portée sur le démantèlement des réacteurs pour sa durée longue d'au moins 20 ans et son coût élevé. Sans autre certitude que l'estimation donnée par EDF,ce coût pour Fessenheim s'élèverait à 1 milliard d'euros qui serait provisionné dans ses comptes. Faut-il comprendre que de telles provisions existent pour les 58 réacteurs qui équipent nos 19 centrales?

Quand l'industrie pétrolière ferme une raffinerie pour sa vétusté ou son manque de compétitivité, ses unités sont démantelées et il n'en reste rien sur le site comme autrefois à Frontignan. Peut-on concevoir que le site de Fessenheim retrouvera son état naturel d'origine? Rappelons qu'avant de ferrailler les 2 réacteurs, il faudra soustraire de leur cœur des déchets très radioactifs,et les conserver 2 ans en piscine pour les refroidir avant de les expédier sur le site de la Hague pour retraitement et stockage. Ils rejoindront ainsi sur le site le combustible nucléaire usé produit tout au long de leur durée de fonctionnement par les réacteurs de nos 19 centrales. Ces produits ainsi entreposés demeurent radioactifs pour des temps immémoriaux et aucune solution définitive sur leur destination finale a été arrêtée. L'enfouissement dans le site argileux de Bure dans la Meuse est combattu par les défenseurs de l'environnement et les autorités responsables n'ont pas pris position. L'enjeu est de taille!

Réduire la part du nucléaire dans la production d'électricité dans les proportions arrêtées par les gouvernements successifs,interroge sur la disponibilité des énergies renouvelables de substitution. Faut-il s'attendre à un développement de masse de l'éolien alors que son financement n'est pas assuré dans les conditions  actuelles de prix de l'électricité aux consommateurs, et les panneaux solaires peuvent-ils prendre une place toujours plus grande dans le mix énergétique? Le problème n'est pas de résoudre l'équation impossible de l'ajustement de la production d'électricité sur une demande toujours croissante comme est le système productif actuel mais de réduire nos consommations en s'attaquant à la passoire énergétique que constitue notre parc immobilier ancien. Comment l'Etat toujours impécunieux pourra t-il subventionner les travaux sans fin que nécessitera l'isolation de nos bâtiments?

la sûreté du nucléaire est l'un des enjeux majeur de l'avenir de cette source d'énergie dans notre pays. Rappelons que l'Allemagne suite aux catastrophes de Tchernobyl et Fukushima procède à l'arrêt de tous ses réacteurs. Aussi improbable un accident soit-il aux yeux des nucléocrates français, la sureté demeure un risque majeur pour les défenseurs de l'environnement qui ont obtenu une première victoire avec la réduction de la part du nucléaire dans le mix énergétique.

Au vu de toutes les questions que ces  interrogations posent pour les finances publiques et sur la réponse appropriée de nos compétences technologiques, il faudrait s'attendre à une loi de programmation formulée par le chef de l'Etat pour parvenir à cet objectif de réduire la production du nucléaire et répondre à la demande d'EDF pour la construction de nouveaux réacteurs EPR malgré le fiasco de Flamanville, afin d'assurer la relève du parc subsistant à l'horizon 2040 sachant que pour ses défenseurs le nucléaire est incontournable pour réduire la teneur en carbone dans l'atmosphère comme tous les pays s'y sont engagés.

Rien pourtant n'annonce que le président Macron d'ici la fin de son mandat prenne des engagements importants et atteignables pour faire face à de tels enjeux!

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