Nobel à tout faire

J'ai écouté l'échange voulu par le président de la République avec 64 intellectuels, ses invités représentant une élite de l'intelligentsia française. Mon attente n'a pas été déçue en ce qui concerne la richesse des propos accompagnant les questions posées à Macron par des hommes et des femmes authentiquement experts et expertes dans leurs domaines respectifs. La déception est venue d'un Macron dont les réponses ont été le plus souvent évasives démontrant simplement son aisance dans la manipulation de la communication. Comment ne pas être choqué une fois de plus par sa pratique monarchique de l'exercice du pouvoir que lui permet la constitution voulue par de Galle s'identifiant à lui seul à l'Etat. Sa pratique répétitive du "Je, je..." pour affirmer ses prises de positions ne relève que du fait du prince. Sur le fond de ce débat dont l'initiative est assez unique dans cette 5ème Republique présidentielle, rien dans sa pratique jusqu'ici du pouvoir ne justifie de sa part une telle ambition.

Deux interventions ont particulièrement retenu mon attention. L'historien Benjamin Stora grand connaisseur et défenseur de l'Algérie a sollicité une prise de position du président de la République sur le soulèvement populaire qui révolutionne ce pays et dont la cible est le pouvoir en place. Comme il fallait s'y attendre, Macron s'en est tenu à un devoir de réserve. Je suis toujours surpris que mieux placé que tout autre, Benjamin Stora n'ait jamais évoqué à ma connaissance la meurtrissure subit par les populations Sahariennes victimes des campagnes d'essais Nucléaires conduite par la France gaullienne. Dans un tout autre domaine illustrant le vaste champ des sujets soulevés, j'ai été interpellé à mon corps défendant par la supplique du prix Nobel de physique en 1997 demandant au président de la République de se lancer dans la production de nouveaux réacteurs nucléaires, les surgénérateurs dont le prototype est Flamanville toujours en construction. J'aurais plutôt attendu de cet éminent physicien qu'il trace les voies du futur pour désactiver si c'est du domaine du possible la radioactivité des déchets produit par notre parc de centrales nucléaires. À se demander si notre prix Nobel n'était pas aujourd'hui à la solde des nucléocrates toujours puissants dans notre pays.

D'où le titre de ce billet.

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