S'interroger

Oui, je m'interroge. Il s'agit ici de Nicolas Sarkozy. Voici un ancien président de la République qui a été mis en examen pour la 4ème fois pour des inculpations concernant ses comptes de campagnes électorales pour les élections de 2007 et 2012. 14 ans après les premiers faits, il est l'objet d'un 1er procès dans l'immédiat et le suivant l'année prochaine. En attendant, il vient de connaître un franc succès auprès de ses partisans avec la publication du 1er tome de ses mémoires présidentielles, un volume de plus de 500 pages, et pendant des mois ses futurs lecteurs se sont rassemblés devant les librairies des grandes villes dans l'attente d'une dédicace. Son succès de librairie l'a largement emporté sur celui de François Hollande qui lui avait emboîté le pas, lui aussi s'étant lancé dans l'écriture de ses mémoires. L'ardeur déployée par l'un et l'autre pour ne pas se faire oublier de leurs anciens électeurs à un temps laissé penser qu'ils pouvaient croire encore à leur retour aux affaires au moment où Macron était fragilisé dans l'exercice de son mandat.

Mais pour revenir à Nicolas Sarkozy, sans prendre partie sur ses responsabilités telles que formulées à l'issue des enquêtes si longues dont il fut l'objet, sa réaction à l'annonce de son procès ne peut que surprendre. Voici un ancien chef d'Etat qui s'adresse dans les médias aux Français pour se déclarer innocent et convaincu que la justice lui donnera raison. Prendre ainsi à témoin les Français et surtout ses anciens électeurs pour le soutenir et le disculper, revient à mettre en doute l'équité de notre appareil judicière. Je crois qu'une telle attitude n'est pas acceptable pour bien des Français qui considèrent que Nicolas Sarkozy comme tout inculpé doit bénéficier de la présomption d'innocence devant ses juges, mais qu'il doit réserver sa ligne de défense aux tribunaux. 

Alors que se déroule cette partie de cache cache entre la justice et l'opinion, nous apprenons que les comptes de campagne de Jacques Chirac dans son face à face avec Balladur étaient largement truqués. Mais pourquoi s'arrêter en si bon chemin et ne pas publier les comptes de Mitterrand, Giscard et pourquoi pas du Général.

S'interroger ainsi, c'est se demander si nous ne vivons pas sous le régime d'une République bananière. 

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