Hollande en statue de commandeur

L'ancien président de la République dont le bilan fut sanctionné par l'échec de sa promesse électorale de résoudre le problème du chômage profite des difficultés de son successeur à faire accepter par les français des réformes rétrogrades, pour retrouver une place dans la vie politique en choisissant le piédestal de la statue de commandeur. Hier dans la rubrique idées du Monde suite à la publication de son livre intitulé Réponse à la crise de la démocratie, il exposé les grandes lignes de sa réflexion sur nos institutions dans le cas de la 5ème République. Il veut faire profiter les français de sagesse de son expérience pour faire des propositions sur la réforme de nos institutions. La contradiction est le nœud gordien de son projet. Il veut réhabiliter le parlementarisme au cœur de la République comme force de propositions destinées à un gouvernement dont le Premier Ministre ne serait autre que le Président de la République lui-même. De fait, ce gouvernement n'aurait apparemment rien de politique car constitué selon Hollande d'une équipe de travail choisie par le président de la République. Par le jeu des partis politiques représentés dans la Chambre des Députés, de telles propositions releveraient d'un débat d'idées auquel chaque parti politique apporterait sa contribution en fonction de ses convictions. 

Où est contradiction ? Ce retour au parlementarisme pour renforcer les pouvoirs de la Chambre des Députés n'est qu'un habillage car en fusionnant les fonctions de Président de la République et de Chef de Gouvernement, le parlement serait placé sous une tutelle du Président de la République encore plus étroite qu'aujourd'hui avec Macron. Les contours de ce projet suscitent 2 commentaires, il met fin à l'hypocrisie de la 5ème République affirmant que le gouvernement définit la politique et la met en œuvre, et que le parlement retrouve son indépendance car le Président de la République perdrait son droit de dissolution. 

Hollande considère comme irréversible cet acquis de la 5ème République qui consiste à confier au suffrage universel direct le choix du Président de la République car relevant d'un droit fondamental des citoyens, ce qui est faire peu de cas de la représentativité des élus de la chambre des députés par le peuple. En fait, Hollande veut asseoir l'autorité de l'état sur le culte du chef ayant sous sa férule le parlement dont le seul pouvoir serait législatif. Cette dérive de la fonction présidentielle transgresse les valeurs de la République dont les fondements reposaient sur le parlementarisme seule institution habilitée à désigner un gouvernement entièrement responsable de la conduite des affaires. De de Gaulle à Macron ce culte du Chef d'état détenteur de tous les pouvoirs de décision en court circuitant le rôle du parlement pour le contrôler a  ruiné la confiance que les citoyens plaçaient dans les institutions de la 5ème République. En outre, Hollande préconise l'allongement du mandat du Président de la République à 6ans contre 4ans pour celui de la Chambre des députés. Cela ne ferait qu'accroître la domination de la présidence sur le parlement. La mesure la plus équitable serait d'aligner la durée du mandat du Président sur celle des élus de la Chambre des députés, soit 4ans pour l'un et l'autre, ce qui éviterait de maintenir 2ans de plus un président défaillant. 

Hollande prétend ne pas vouloir revenir à la 4ème République mais il faut y réfléchir à 2 fois. Nous ne pouvons nous empêcher de penser que son ambition est de revenir aux affaires en se donnant les moyens constitutionnels d'un pouvoir encore plus autoritaire que celui qu'il a exercé. Son avenir politique s'il en a encore un serait de restaurer le parti socialiste dont il s'est servi pour accéder à la présidence et dont il a été le fossoyeur ! 

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