Course aux vaccins, course au pont d'or

Entendu ce matin à la radio un professeur en économie pour les questions de santé interrogé sur la course aux vaccins contre le covid 19 et le bénéfice que pourrait en tirer le laboratoire pharmaceutique faisant la découverte d'un vaccin. Après avoir rappelé que quatre grands laboratoires dans le monde faisaient la course en tête pour obtenir ce vaccin et que sa source de profit résulterait du dépôt d'un brevet dans chaque pays où il serait commercialisé, il ressort que son prix de vente tiendrait compte en premier lieu des investissements engagés dans cette recherche sachant toutefois qu'ils sont partagés entre la firme et le soutien public à la solde des contribuables. Mais alors, comment calculer la marge bénéficiaire à laquelle pourra prétendre la firme gagnante. La réponse de l'économiste fut sans équivoque, la valeur commerciale du vaccin est chiffrée en fonction du service rendu, à savoir le remède pour le coronavirus et son bienfait pour la santé de tous, mais ce qu'en attend son inventeur est la rémunération auquel il pourra prétendre. Toujours selon notre économiste, elle est colossale. Pour faire son calcul, il résonne sur ce que la pandémie aura coûté au PIB mondial à cause du confinement des populations pour servir de barrières à la circulation de la pandémie. Si la situation est variable d'un continent et d'un pays à l'autre, s'appuyant sur l'exemple de la France les deux mois de confinement auront coûté 10% de son PIB. Extrapolé au PIB mondial qui s'est élevé à 84.740 milliards de dollars américains en 2018,le premier inventeur du vaccin pourra se prévaloir de faire économiser au monde 10% de ce montant dans l'éventualité toujours possible d'un rebond ou d'un retour de la pandémie.

Au regard de cette perspective, il faut mettre en avant l'attitude du professeur et biologiste américain Salk découvreur en 1953 du premier vaccin contre la poliomyélite et qui en bienfaiteur de l'humanité renonça à toutes prises de brevet pour le laisser plus abordable aux millions de personnes en ayant besoin. Selon les estimations, il aurait ainsi renoncé à un bénéfice d'environ 7 milliards de dollars.

Mais là n'est pas tout l'enjeu de la moralité des affaires quand il s'agit de santé publique. En effet, comment comprendre aujourd'hui que les laboratoires Servier jugés pour avoir commercialisé pendant 33ans dans le monde un médicament le Médiator qui a causé des centaines de morts, à l'issue du réquisitoire se voit menacer d'une amende plafonnée par la loi à 8 millions d'euros pour un tel délit.

Il reste aux pouvoirs publics à défaut du tribunal, d'indiquer aux citoyens le montant des profits réalisés par la firme avec la commercialisation du Médiator. 

A défaut de moralité, il revient aux États d'apprécier au nom du bien public, quel sera la part du bénéfice qui doit revenir à la firme détentrice du brevet sur un tel  vaccin, en fixant la barre d'un taux d'imposition incontournable. 

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