Algérie, Macron fâché avec l'histoire

Le 17 octobre 1961, appelé du contingent consigné au fort d'Aubervilliers et dans l'attente d'un départ à In Ekker, vers 17 heures je fut rejoint par un camarade qui père de famille avait bénéficié d'une permission d'après-midi. Encore très marqué par ce qu'il avait vu marchant à hauteur de l'île de la Cité alors que défilaient pacifiquement des travailleurs algériens manifestants au nom de l'indépendance de leur pays. Les forces de police non seulement tabassaient ces hommes mais les ramassaient pour les jeter dans la Seine. Sur le moment je réagis avec prudence ne pouvant croire à la description qu'il me fit de cette répression. Le soir de la manifestation le préfet Papon déclara que le bilan était de 2 disparus. Rappelons que cet homme responsable du maintien de l'ordre dans la capitale sous les ordres de Roger Frey ministre de l'Intérieur n'était autre que le sous préfet de Bordeaux pourvoyeur des convois de la mort à l'époque de la collaboration. Soixante ans après, le président de la République s'exprimera sur ce triste évènement de la guerre d'Algérie. La réconciliation des mémoires entre France et Algérie n'est certes pas à ce prix, mais le geste doit être salué. Il en sera de même pour la commémoration de la signature des accords d'Evian du 18 mars 1962 accordant son indépendance au peuple algérien après 7ans de guerre.

Pas un mot n'a été dit à l'Elysée sur l'hommage dû soixante ans après aux 9 morts piétinés devant les grilles du métro Charonne le 8 février 1962 sous les sévices de la police de Papon. Ces hommes et femmes communistes pour la plupart manifestaient pour la cause des indépendantistes algériens. L'événement a pris aujourd'hui toute son importance quand l'histoire nous apprend que ces morts ont compté dans la décision du général de Gaulle de signer les accords d'Evian alors que son gouvernement dirigé par Michel Debré était très divisé entre les Louis Joxe et Michelet partisants de l'indépendance et les gaullistes de l'Algérie française.

Le 5 décembre est la journée mémorielle de l'hommage national rendu aux soldats morts pendant la guerre d'Algérie dont les noms défilent sur les trois colonnes aux couleurs du drapeau érigées sur le monument du quai Branly voulu par le président Chirac, lui-même ancien appelé parachutiste engagé dans la guerre d'Algérie. Leur nombre est de 12.000 mais peut-être être plus qui faisaient partie des 2 millions d'appelés dont bon nombre avait 20 ans dans les Aurès. Leurs conditions de vie sur le terrain furent souvent misérables et leurs traumatismes profonds après les crimes dont ils furent témoins et pour le pire associés. Rappeler cette histoire, c'est aussi inviter le président Emmanuel Macron à se recueillir avec son gouvernement  le 5 décembre prochain pour une minute de silence devant le monument aux Morts du quai Branly. Point n'est besoin de discours, seul le silence s'impose dans l'hommage rendu faut-il l'espérer à ces oubliés de l'histoire coloniale. 

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