Essais Nucléaires, paroles... Paroles...

Profitant de son déplacement à Tokyo pour l'ouverture des jeux olympiques, Emmanuel Macron s'est rendu en Polynésie française pour une visite de 4 jours. Il a parcouru pendant 3jours cette région du Pacifique aussi vaste que l'Europe, d'archipel en archipel visitant une île après l'autre. Comme à son habitude en France, il est allé à la rencontre ici des Polynésiens pour aborder tous les sujets du moment entre Culture, effets du covid 19 sur l'économie touristique de la région et même jusqu'à l'inscription des Îles Marquises au patrimoine mondial de l'UNESCO. Comme à son habitude, il s'est mis en valeur pour rehausser sa popularité par des promesses incertaines, mais hélas pour lui Macron a manqué son rendez-vous avec les Polynésiens qui l'attendaient sur la responsabilité de la France dans leur exposition aux essais de la bombe atomique.

Pendant Trente ans de 1966 après avoir quitté le théâtre algérien et jusqu'en 1996, la France a testé ses armes nucléaires par une longue série de tirs effectués soit à l'air libre, soit dans l'espace sous-marin. La séquence de ces essais vient d'être très bien documentée dans un livre sous le titre Toxique. Plus de 100.000 autochtones lors de ces campagnes d'essais ont été victimes de graves maladies radio-induites. Il a fallu attendre 2010 et la loi Morin pour que l'Etat français s'engage à indemniser sous certaines conditions les victimes reconnues des essais de la bombe atomique au Sahara algérien de 1960 à 1966, puis poursuivis dans le Pacifique. Présenté comme un engagement de la France au titre des réparations dues aux populations ainsi exposées la mise en œuvre de la dite loi démontra la cupidité de la France dont les autorités après avoir établi une liste des maladies radio-induites reconnues ont soumis à trois conditions des plus restrictives le droit à indemnisation des plaignants pour peu qu'ils aient reçu l'information nécessaire à la présentation de leurs dossiers. Rappelons pour la petite histoire que les militaires à l'époque déclarèrent aux habitants des Archipels que leur bombe était propre. En Polynésie les bénéficiaires ne furent que de quelques centaines en dépit de la grande mobilisation de la population, d'où l'espoir des Polynésiens que Macron débloque la situation et adapte les conditions d'application de la loi Morin pour tenir compte de l'ampleur des conséquences humanitaires de ses campagnes d'essais nucléaires réalisées sous la présidence du général de Gaulle jusqu'à celle de Chirac au mépris des retombées radioactives sur les populations ainsi exposées.

Macron avec sa grandiloquence habituelle a reconnu que la France avait une dette envers les habitants de la Polynésie française ainsi exposée à ses campagnes d'essais tout en plaidant tout simplement pour le manque de discernement des responsables à cette époque. Macron n'a pris aucun engagement sur le budget qu'il compte provisionner pour régler cette dette, à commencer par les 670 millions d'euros réclamés par la sécurité sociale polynésienne pour sa couverture des dépenses engagées dans les soins aux victimes.

Dans cette affaire une fois de plus la duplicité de la France est flagrante. Le traitement du dossier polynésien ne vaut pas mieux que celui du dossier saharien. Rappelons comme je l'ai dénoncé ici que le rapport Stora Mémoire sur la colonisation et la guerre d'Algerie remis ce 20 janvier au Président de la République a escamoté le sujet des victimes humaines des campagnes d'essais nucléaires à Reggane et In Ekker. 

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