Vivre ensemble

A François Fillon en quête de réformes brutales, au risque de la rupture du lien social qui lie encore les Français, rappelons la leçon, oh combien prémonitoire, de l'éditorial d'Erik Izraelewicz dans Le Monde du 5 mai 2012.

   Hier, 27 novembre, la droite française s’est trouvée un nouveau leader, François Fillon, pour défendre ses couleurs et son projet de programme de gouvernement en vue de gagner l’élection présidentielle de mai 2017.La remise en cause des acquis sociaux, marqueurs des avancées qui ont permis de réduire les enjeux de la lutte des classes dans cette France que nous aimons tous, à droite comme à gauche, ne peut qu’interpeller les hommes et les femmes de ma génération pour qui le Front populaire de Léon Blum a conservé toute sa place dans l’histoire de notre République.

   Le mardi 27 novembre 2012 disparaissait brutalement le directeur du Monde Erik Izraelewicz, non sans avoir suscité de nombreux témoignages de sympathie tant personnels que professionnels. Qu’il me soit donné à l’occasion de ce triste anniversaire, en ma qualité de vieux lecteur fidèle du quotidien, de recommander au candidat fraîchement désigné pour conquérir l’Elysée, de lire ou relire l’éditorial du 5 mai 2012 intitulé Vivre ensemble d’Erik Izraelewicz. Nous étions à la veille du second tour de l’élection présidentielle qui devait départager François Hollande et Nicolas Sarkozy. Son message conserve toute son actualité. Il suffira pour s’en convaincre d’en lire les passages suivants, à défaut de disposer du texte : 

« (…) Le nouveau président de la République, quel qu’il soit, devra reconstruire cette nation disloquée, lui redonner confiance et espoir dans le rôle qu’elle peut tenir dans ce monde nouveau qui émerge. Il devra, pour cela, travailler à recréer les conditions d’un vivre ensemble. 

Vivre ensemble en France, 

d’abord. Cela veut dire que chacun, sans distinction d’origine, de race ou de religion, puisse bénéficier d’un minimum de prospérité. L’emploi, l’éducation, le logement, les soins, la retraite : nul, dans un pays aussi riche que la France, en ce début du XXIe siècle, ne devrait souffrir d’une difficulté d’accès à l’un de ces « biens ».Il ne s’agit pas là seulement d’une défense de valeurs humanistes et républicaines, mais bien de conditions premières permettant à une société de fonctionner. (…) 

Vivre ensemble, c’est aussi mettre fin à tout ce qui divise les Français, à ce qui met, au-delà de la crise, la société sous tension. 

   C’est, aujourd’hui, donner la priorité aux plus fragiles, à ceux qui sont le plus directement exposés aux effets déstabilisateurs de la mondialisation. C’est accepter les différences de culture, de religion, de mode de vie, dans le respect des lois de la République. (…) » 

   Là ne s’arrête pas les leçons prémonitoires de l’éditorial qui traite successivement du Vivre ensemble en Europe et Vivre ensemble dans le monde, questions sur lesquelles nos candidats à l’élection présidentielle devront délivrer des réponses appropriées dans leurs programmes.»                          

 

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