Macron, fin de règne

Macron, fin de règne ou nouveau départ. Peut-on en douter ? Ce dernier pour préparer sa rentrée a rencontré ce vendredi des journalistes de l'association de la presse présidentielle pour présenter son plan de relance doté d'un budget de 100 milliards d'euros. Son ambition est de préparer la France de demain à l'échéance de 2030. Comment lui faire confiance alors que lors de sa campagne électorale, il n'a pas su préparer la France de 2022! Il ne pouvait pas bien sûr prévoir la crise du coronavirus, mais pour y faire face il n'a pas fait preuve d'imagination en endettant la France bien au delà de ses limites pour rembourser, laissant le poids de la dette à ses successeurs. Ce que Macron n'a pas vu en se projetant sur 2022, c'est qu'au cours de son mandat il a poursuivi sa politique de desindustrialisation dont il s'était fait le chantre comme ministre de l'économie sous Hollande. En a témoigné le démentellement D'Alstom au bénéfice de l'américain GE. Il lui aura fallu la crise sanitaire pour découvrir que notre pays était totalement dépendant de la Chine et de l'Inde pour la fourniture des médicaments, sachant que 90% des principes actifs sont fournis par ces pays. Il est difficile de concevoir que 10 ans seront suffisants pour redonner à la France ses moyens de production, et ses emplois alors que la circulation du virus dans le monde fragilise un fleuron de notre industrie comme Airbus qui fait travailler de si nombreux partenaires. Comment peut-il croire que les grands groupes du CAC 40, industries automobile et pharmaceutique en tête, accepteront d'entamer leurs profits dans un élan patriotique.

Macron s'est donné un an et demi le temps que lui laisse son mandat, pour faire aboutir les réformes sur lesquelles il s'était engagé et notoirement l'adoption d'un régime universel des retraites et le réaménagement de l'assurance chômage. Sur ces 2 fronts, son action vise un recul social. Il plaide pour plus de justice pour les petits boulots qui ne peuvent prétendre qu'à de faibles retraites, mais pour y faire face il s'attaque aux conquêtes sociales fruits des luttes ouvrières du passé. Il tire la France laborieuse par le bas alors que tout projet présidentiel est de lui procurer des jours meilleurs ou du moins de préserver ses acquis. Seul lui reste acquis sa décision souveraine d'avoir réduit la fiscalité du capital avec ce credo à savoir libérer de nouvelles ressources financières en particulier pour les grands groupes afin d'investir en France. Malheureusement pour lui, Macron n'a jamais su nous présenter un bilan crédible de ce retour de l'investissement pour l'emploi dans le pays. Pour beaucoup d'économistes, l'excès de profits dégagés par les grands groupes grâce à la baisse de la fiscalité a profité avant tout aux actionnaires.

Reste à Macron pour vanter son bilan présidentiel, son action à l'international. Après avoir été sur tous les fronts et encore aujourd'hui ceux du Liban, de la Biélorussie et du Niger, il n'a pas relevé pour autant l'influence de la France dans le monde. Sur la seule scène européenne, la victoire historique dont il s'est indirectement prévalu avec la mutualisation de la dette, il l'a doit au compromis décidé par la chancelière allemande exerçant sa souveraineté indirect sur l'Europe. 

Alors qu'un tel bilan difficile à redresser pour le temps qui lui reste à courir avant la fin de son mandat devrait annoncer sa fin de règne, Macron peut encore croire à un nouveau départ car il n'a eu en face de lui aucune force d'opposition républicaine crédible avec un leader pour lui succéder, et que son image reste forte dans les milieux conservateurs. Comme pour l'élection de 2017,sa réélection est gagnée d'avance face au clan des Le Pen. Mais la gravité exceptionnelle de la crise sociale qui s'annonce et qui défie toutes les prévisions, rebat toutes les cartes de l'élection présidentielle, et l'extrême droite n'a pas dit son dernier mot en capitalisant sur le rejet de la classe politique au pouvoir depuis des décennies par les laissés pour compte d'une France de plus en plus divisée 

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