Renault, circulez il n'y a rien à voir

De bons esprits dans la majorité présidentielle rejettent l'idée, alors que la crise sanitaire n'est pas terminée, de demander à la justice de rechercher des coupables dans la gestion du coronavirus qui est jugé ne pas être à la hauteur de la gravité de la pandémie. C'est dans le même esprit que ces bonnes âmes de la majorité ne s'interrogent pas sur le fait que les parties prenantes n'aient pas demandé une enquête sur le rôle joué par Carlos Ghosn, président déchu, dans la quasi faillite annoncée de la marque aux losanges. Voici une ancienne célébrité, un Franco-Libano-Brésilien sorti de nos meilleures écoles, qui pendant des années à la tête de Renault a été présenté comme le redresseur de cette entreprise Chère aux Français, et plébiscité par le monde des affaires pour son alliance avec Nissan après que Renault ait acquis 43% du capital de cette entreprise réputée. Pour l'ensemble de ses succès, notre élite parisienne a fermé les yeux sur les rémunérations exigées par Carlos Ghosn car jugées méritées par ce grand capitaine de l'industrie.

Tout allait si bien chez Renault que l'annonce de son arrestation à sa descente d'avion au Japon par les autorités judiciaires du pays pour des soupçons de malversations, suivie de son emprisonnement, fit l'effet d'une bombe. Carlos Ghosn libéré ensuite sous caution et assigné à résidence a fui le Japon dans des conditions rocambolesques pour se placer sous la protection juridique du Liban qui n'extradit pas ses ressortissants, et réclamer des indemnités de départ à son ancien employeur. Pour toute réponse sur sa responsabilité, Carlos Ghosn avance l'argument que la faute en incombait à l'équipe dirigeante qu'il avait mis en place et à laquelle il avait fait trop confiance. 

Pendant ce temps, la direction de Renault passait de mains en mains jusqu'à ce que le nouveau président annonce que son groupe subissait de plein fouet les retombées de la crise sanitaire, perdait de l'argent et n'était plus viable en l'état. 

La page fut vite tournée et Carlos Ghosn passé aux oubliettes. Aucune voix ne s'est élevée dans le monde politique jusqu'au ministre de l'industrie en exercice, pour interpeller le conseil d'administration de Renault composé d'administrateurs de choix qui est resté jusqu'ici sans voix pour expliquer ses défaillances dans le contrôle de la gestion du groupe alors présidé par Carlos Ghosn. Ceci est d'autant injustifié que l'Etat est présent dans le capital à hauteur de 15% et représenté au conseil d'administration.

Les Français des classes populaires avaient un préjugé favorable sur Renault pour sa place dans l'industrie Française et sa capacité à leur offrir des voitures adaptées à leurs besoins et à leur portée financière comme ce fut le cas avec la 4l dans les années 60 et 70. Ils ont du mal à comprendre aujourd’hui que l'Etat vienne au secours de Renault en lui apportant 5 milliards d'euros de financement, et au prix d'un premier plan de réduction de ses effectifs de 10% en France et dans le monde. Au final, les Français constatent l'indulgence des pouvoirs publics pour la chute d'une icône échappant à la condamnation de sa responsabilité dans la chute de Renault alors que ceux-ci considèrent sans état d'âme comme pertes et profits la suppression de milliers d'emplois et la fermeture d'usines. 

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