Flamanville, ni responsables ni coupables

Ce 28 octobre Jean Martin Folz à remis à Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, son rapport sur les raisons susceptibles d'expliquer d'une part, le retard pris par le démarrage projeté de l'epr de Flamanville et d'autre part, le quadruplement de son coût initial.

Décidé en 2006, la construction de ce réacteur de 3ème génération, l'epr, a été lancée en 2007pour une mise en service prévue 4ans1/2 plus tard. Il ne sera mis en service au plus tôt qu'en 2023, soit avec un retard de 11 ans. Alors que son coût était estimé à 3,3 milliards d'euros dans le projet initial, il devrait atteindre 12,4 milliards d'euros.

La conclusion du rapport tirée par le ministre est qu'il s'agit d'un échec de la filière Electronucleaire. Au rang des explications figure la perte d'expertise après l'achèvement du programme de construction des 58 réacteurs de première et deuxième générations de notre parc de centrales nucléaires avec la mise en service du dernier réacteur de Civaux en 2000.Ce trou noir entre 2000 et2007 n'a pas permis au chantier de Flamanville de disposer entre autres des métiers de soudeurs qualifiés exigés par la sécurité de l'installation. Il s'en est suivi des malfaçons dénoncées par l'autorité de sûreté nucléaire, l'ASN. A cela s'ajoute une gouvernance inappropriée en l'absence d'un chef de projet directement responsable de Flamanville.

Il va sans dire que l'avenir de cet EPR demeure très compromis et relève d'un défi majeur pour l'endettement d'EDF. Mais ce qui ne cesse d'interpeller le lecteur des conclusions de ce rapport dans la presse est l'absence de la désignation des responsables et coupables de ce désastre de notre filière nucléaire. Quels en ont été les acteurs ?

La construction des réacteurs était l'une des activités d'areva avec sa filiale Framatome, le groupe étant présidé à partir de 2006 par Anne Lauvergeon jusqu'à sa démission en 2011 conséquence d'une gestion désastreuse dénoncée par la Cour des comptes et dont le point d'orgue fut le rachat ruineux du Canadien Uramln producteur d'uranium. En quasi faillite Areva est absorbé par EDF en 2015.A partir de ce moment, la responsabilité de la poursuite de la construction de l'epr de Flamanville relève du président d'EDF Jean Bernard levy dont le 1er mandat à la tête d'EDF débute en novembre 2014 pour être reconduit 4 ans plus tard pour un deuxième mandat. Avant lui, sans en être directement responsable, on ne peut ignorer qu'Henri Proglio avait un droit de regard sur les déboires de ce chantier.

Dans son rapport, Jean Martin Folz ne désigne ni responsables ni coupables du désastre financier de Flamanville. Concernant Jean Bernard levy, on peut le comprendre sinon comment justifier sa reconduction. Ajoutons que Jean Bernard levy s'était vu confié par le ministre le soin de désigner l'expert indépendant chargé du rapport en la personne de Jean Martin Folz. L'échec de la mise en service programmée de ce 1er EPR en France pénalise pour longtemps EDF car c'est un défi pour l'avenir du nucléaire dans notre pays. En effet, son coût supporté par EDF après la faillite d'areva accroît d'autant son endettement alors qu'il peut être décidé à tout moment d'arrêter la construction de ce 1er EPR compte tenu de l'ampleur des travaux à réaliser pour répondre aux exigences imposées par l'ASN.

Comment devant une telle débâcle ne pas rechercher et stigmatiser les responsables et les coupables en la personne de ces prétendus grands serviteurs de l'état promus à la tête de ces 2 entreprises Areva et EDF.

Aujourd'hui plus personne ne parle d'Anne Lauvergeon dans ce dossier alors qu'elle s'est lancée dans la construction de cet EPR, ignorant totalement la sous estimation de son coût et de l'absence de prise en compte de la perte de compétence de la filière pour se lancer dans ce programme de construction d'une nouvelle génération de réacteurs. Le poids de sa responsabilité est d'autant plus grand que sa forte personnalité et l'autorité dont elle a disposé à la tête d'Areva la désigne comme la première responsable et en retour coupable d'un tel échec. Il est difficile d'apprécier le rôle d'henri Proglio dans cet imbroglio, lui-même prédécesseur de Jean Bernard Levy avant sa nomination en 2014. Areva est absorbé par EDF en 2015 et sa filiale Framatome placée sous la responsabilité de Jean Bernard levy sans que celui-ci manifeste son aptitude à redresser la situation, ce qui laisse incompréhensible la décision du gouvernement de le reconduire en 2018 pour un second mandat.

Aux yeux du public, les responsables et coupables de la ruineuse entreprise de l'epr de Flamanville ne sont pas dénoncés alors qu'ils ont fait preuve de leur toute puissance et arrogance dans la conduite de leurs affaires en l'absence de tout contrôle crédible de l'Etat.

Quel gâchis ! 

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