Pourquoi Sarko va gagner ? Quand Éric Brunet prédisait la victoire de Sarkozy en 2012

Premier épisode d'une série d'articles sur les ouvrages qui se sont retournés contre leur auteur

Il arrive qu'un auteur, à cause de mauvaises prédictions, de propos tenus, ou d'autres circonstances voit son ouvrage se retourner contre lui et se voir ainsi, attaqué, critiqué ou moqué. Pour le numéro 5, nous allons étudier le cas d'Éric Brunet qui a prédit, à tort, la victoire de Nicolas Sarkozy pour les élections présidentielles de 2012 dans son livre "Pourquoi Sarko va gagner".

Au delà de l'échec de sa prédiction, le livre interroge sur le rôle des médias, la neutralité des journalistes, sur les stratégies de campagne et sur la communication politique.

5 livres contre leur auteur - N°5 - Quand Éric Brunet prédisait la victoire de Sarko en 2012 © Louis Camille

 

Peut-se tromper et dire quelque chose d’intéressant malgré tout ?

 

Publié en janvier 2012, le livre d’Éric Brunet qui annonce la victoire de Nicolas Sarkozy aux élections présidentielles nous fait désormais sourire. Il semble en effet surprenant qu’il ait pu prédire un tel événement alors que la défaite de Nicolas Sarkozy semblait inéluctable tant son bilan et l’opinion qu’en avaient les Français étaient très faibles.

En réalité, le principal problème de l’ouvrage, ce n’est pas l’erreur de prédiction. Après tout, que l’on est vu juste ou non, ce qui importe réellement, c’est la qualité d’analyse. Mais ici, elle est extrêmement faible à cause d’une absence totale de nuance de la part d’Éric Brunet qui rend cet ouvrage outrancier et ridicule sur bien des points.

Dommage, car les thématiques abordées méritaient une vraie réflexion.

 

Sarkozy a-t-il été lynché par les médias ?

 

Pour Éric Brunet, c’est une évidence. Les médias, évidemment, tous de gauche, n’ont cessé d’invectiver, d’attaquer, de vitupérer le président Nicolas Sarkozy. Cette campagne de dénigrement a eu une conséquence : sa baisse de popularité.

Mais s’il est vrai que les médias se sont parfois montrés extrêmement critiques envers Nicolas Sarkozy, allant à la limite de l’insulte (où se souvient tous du « Putain, quatre ans ! » de Marianne), cela répond au style de Nicolas Sarkozy et à ses attaques contre la presse.

Il faut également rappeler que ce ne sont pas tous les médias, mais seulement certains. En effet, la plupart préfère la neutralité, ou à tout le moins, tende vers elle. Certains sont marqués politiquement et se classent ouvertement à droite, ce qu’Éric Brunet feint d’ignorer. Il semble également oublier qu’il est journaliste lui aussi, et en défendant à ce point Nicolas Sarkozy, il va plus loin dans le militantisme que ceux qu’il dénonce.

 

Les journalistes sont-ils de gauche ?

 

Pour Éric Brunet, c’est une certitude. Peu importe les médias ouvertement de droite, peu importe l’opinion politique des patrons de presse, parfois directement ami avec Nicolas Sarkozy, peu importe la pertinence de considérer le monde médiatique comme une entité homogène, les journalistes sont de gauche. Et, donc, ils militent contre Nicolas Sarkozy.


Ce raccourci, il n’est pas le seul à le prendre. Beaucoup d’autres pendant la campagne de 2012 et bien après, ont dénoncé le manque d’impartialité des médias. Plus récemment, c’est Guillaume Peltier qui nous expliquait que 96 % des journalistes avaient voté à gauche aux élections présidentielles de 2012.

Un chiffre exagéré qui provient d’une enquête de Harris Interactive. Sur la base des votes exprimés, François Hollande obtient 74 % des voix contre 26 % pour Nicolas Sarkozy. Si on prend en compte les journalistes qui n’ont pas souhaité s’exprimer, François Hollande descend à 55 %. Mais la rigueur de l’enquête pose également problème : il ne s’agit que d’une consultation sur Twitter d’une centaine de journalistes…

À noter que l’enquête est commandée par le magazine Médias, détenu à l’époque par Robert Ménard. Cette volonté d’associer les médias à la gauche semble être le fruit d’une véritable stratégie de campagne auquel Éric Brunet a activement participé.

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