Il n’y a pas de « vote inutile »

A une semaine du premier tour de l'élection présidentielle, certains, à Droite comme à Gauche, voudraient nous faire croire qu'il existe des votes "utiles" et d'autres qui ne le seraient pas.

A tout lecteur, j’avouerai que le titre de cet article est quelque peu trompeur, puisqu’il vise à répondre aux adversaires acharnés du fameux « vote utile ».

« Au premier tour, on choisit, au second, on élimine ». Nous connaissons tous cet adage qui a gouverné les dernières décennies des courses électorales françaises. Mais à une semaine du premier tour de l’élection présidentielle, à Droite comme à Gauche, de nombreux citoyens sont tiraillés par ce qui s’annonce être l’élection la plus serrée de l’histoire de la Ve République. Le spectre de 2002 est toujours puissant dans les mémoires, et l’ascension de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages, en plus de celle de Marine Le Pen, pose un problème à tous les fidèles du « grand Centre ». Pour de nombreux électeurs socialistes, le rejet d’Emmanuel Macron est également fort.

On en arrive donc à une question majeure pour tous les électeurs, à une semaine du premier tour : qui choisir vraiment ? A cela, il n’y a qu’une seule réponse possible : un citoyen ne peut pas se tromper dans son vote, au moins à compter qu’il l’exprime. C’est un postulat qui va de pair avec la « rationalité » de l’homo economicus. D’où la réponse, assez simple, qui constitue le titre : « Il n’y a pas de « vote inutile ».

Cependant, j’ai précisé dès les premières lignes que je m’oppose aux adversaires, non pas du vote « inutile », mais du vote « utile ». Qu’on me pardonne le petit tour de passe-passe scolastique qui me fait dire que, s’il n’y a pas de vote « inutile », il ne peut nécessairement pas y avoir de vote « utile ».

Que je m’explique. Nous avons, citoyens, électeurs, un choix à exprimer sous la forme d’un bulletin de vote. Evidemment, le programme des candidats est un facteur essentiel à prendre en compte. Certaines propositions nous séduisent, d’autres nous convainquent, d’autres encore nous laissent indifférents ou nous révulsent. Puisqu’on parle ici d’une élection présidentielle, le caractère et la personnalité de celui – ou celle – pour qui nous voterions est également un élément qu’il est très important de considérer. Tous les partis du monde peuvent bien prétendre que leur programme est chiffré et élaboré avec le peuple, tout cela ne servira à rien si le candidat qui le porte ne l’applique pas, ou partiellement. Il ne faut pas non plus oublier que le/la Président-e de la République représente la France en diplomatie et en Europe.

Mais, et c’est là le cœur de mon argument, la capacité prévue d’un candidat à accéder à la magistrature suprême est également un facteur qu’il est parfaitement légitime de prendre en compte. Il ne s’agit pas « d’éliminer plutôt que de choisir », mais de déterminer, en conscience, ce que nous voulons, ce qui est essentiel pour nous.

C’est là que je m’oppose, justement, aux adversaires fanatiques du vote « utile », pour qui le simple fait de ne pas se concentrer exclusivement sur le programme serait une trahison. Un électeur doit faire son choix en prenant en compte la capacité de ses idées à se retrouver portées sur la scène nationale. Il est absolument légitime pour un citoyen d’accepter de « perdre » la représentation de certaines de ses idées, pour maximiser les chances des plus importantes d’entre elles de recevoir l’approbation de tous les citoyens. C’est le devoir de chaque électeur, en son âme et conscience, de se livrer à ce calcul, de déterminer qui, parmi les onze concurrent-e-s, maximisera sa satisfaction, ou son « utilité » pour raisonner avec la microéconomie classique.

« Voter utile » au premier tour n’est pas nécessairement un vote de rejet, mais un pari personnel visant à maximiser la probabilité que le plus grand nombre, ou la part la plus essentielle, de nos idées se trouveront représentées au second, pour potentiellement gagner.

Naturellement, cette position a son corollaire, qui est qu’on ne peut pas reprocher à un électeur son vote « inutile », parce que chaque voix exprime un message sur la société, et c’est à chacun de nous de nous demander ce pour quoi nous donnons de la valeur à notre voix.

 

Je conclurai en appelant cependant tous ceux qui le peuvent à voter, non pas que le choix ne leur appartienne pas, mais parce qu’un million d’absents ne s’entendront jamais aussi bien qu’un présent. 

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