État d'urgence : les services de renseignement avaient-ils les bonnes informations ?

On trouve dans Le Monde en date du 8 janvier 2016 un bilan de l'état d'urgence au 7 janvier1.

3021 perquisitions administratives ont permis de relever 464 infractions. Sur ce total, quatre ont donné lieu à des procédures antiterroristes 2. À la date de l'article, trois de ces procédures étaient au stade de l'enquête préliminaire, et une seule avait donné lieu à une mise en examen. Reste à savoir d'ailleurs si elle donnera lieu à un renvoi devant un tribunal. C'est dire le faible « rendement » de l'état d'urgence.

Mais on voudrait ici s'attarder sur un autre aspect du phénomène. Tout laisse à penser en effet que les services de renseignement ont transmis aux préfectures un maximum de pistes susceptibles d'aboutir à l'arrestation de terroristes. C'était en effet le moment ou jamais. Or, ne doit-on pas constater que fort peu de ces pistes ont réellement abouti ?

Le peu de « rendement » de l'état d'urgence doit-il donc ête attribué à la faiblesse du renseignement en amont ? Ce n'est ici qu'une question, émise par un citoyen ne disposant d'aucune information particulière en la matière, mais admettons qu'on peut se la poser. Car, si tel était bien le cas, il faudrait conclure que pour améliorer notre sécurité, la chose à faire, plutôt qu'instaurer des lois d'exception portant inutilement atteinte aux libertés, est de renforcer les services de renseignements. C'est-à-dire leur donner les moyens humains et financiers justifiés par l'ampleur de la menace, et remédier aux dysfonctionnements qui, d'après les médias, les affectent. Mais peut-être aussi encourager la réflexion de fond sur les méthodes de renseignement les mieux adaptées à la spécificité de la menace ? Évidemment, cela coûte plus cher que de faire voter sous le coup de l'émotion des lois qui risquent bien au bout du compte de faire le jeu des ennemis des libertés et de la démocratie.

 

1 http://abonnes.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/01/08/quand-francois-hollande-gonfle-le-nombre-de-procedures-antiterroristes_4844246_4355770.html

 2   François Hollande a parlé de « 25 infractions en lien direct avec le terrorisme », mais, toujours d'après Le Monde du 08/01/2016, 21 d'entre elles portaient sur le délit d'apologie du terrorisme, et non sur une suspicion d'action terroriste .

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.