Le port du voile en France

Le 10 octobre, un député du RN a agressé une mère accompagnatrice d'une sortie scolaire qui portait le voile.

C'est à partir de 1989 que la question du port du voile à l'école a commencé à se poser. Plusieurs cas de jeunes filles portant le voile au sein d'établissements scolaires sont à l'origine d'une vague médiatique et politique qui continue encore aujourd'hui de susciter de nombreux débats.

La loi de 1905 consiste à séparer l'église de l'état. C'est à partir de cette période que l'école en France devient laïque. La laïcité, principe fondamental de la société française, garantit la liberté de conscience et protège la liberté de croire, de ne pas croire et de changer de conviction. Ainsi, la liberté de port du voile ou autres signes religieux découlant de l’article 10 de la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, qui a renforcé ce principe de liberté fondamentale, ne s'applique pas à l'école. En 2004, une loi est votée sur la réglementation du port des signes religieux à l’école. Le port ostensible de signes religieux à l’école est interdit. Les enseignants doivent, au nom du principe de neutralité de l’Etat face aux religions et croyances, s’abstenir de tous signes ou vêtements de nature religieuse.

Le port du voile est, pour certaines musulmanes, un signe religieux d'appartenance à l'islam. Dans le Coran, texte qui fonde la religion de Mahomet, un musulman est un fidèle de l'islam qui suit toutes les injonctions, les cinq piliers de l'Islam. Maisest-ce vraiment aussi simple ? Qu'est-ce qu'être musulman ? Faut-il suivre les préceptes du Coran à la lettre ? Cela peut-il être une tradition culturelle ? Certains musulmans ne peuvent-ils pas être attachés qu'à certaines pratiques ? Ou certains sont-ils juste respectueuse des traditions familiales concernant la gastronomie ou la musique ? N'y a t-il pas un éventail de pratiques très large dans toutes les religions ? Détail important, le mot islam signifie soumission à la volonté d’Allah. Il ne faut pas confondre musulmans et arabes : les arabes sont minoritaires parmi les musulmans et il existe des arabes chrétiens.

L'islam est souvent confondu avec l'islamisme alors qu'il y a pourtant une grande et importante différence. L’islamisme est un mouvement regroupant les courants les plus radicaux de l’islam. Ces courants veulent faire de l’islam une idéologie politique qui passe par l’application rigoureuse de la charia (application très rigoureuse du Coran). Le Centre français de recherche sur le renseignement a publié un rapport sur le développement de l’islam fondamentaliste en France en 2005. Il indique que l’islamisme représente 5 à 10% de la communauté musulmane. En outre, 1% des musulmans français seraient prêts à s’engager ou à soutenir activement le Djihad. En effet, le Djihad, pour certains jeunes musulmans pourrait être vécu comme un moyen de s'émanciper, de vivre une aventure spirituelles et de rêver. De plus, certains jeunes dans les quartiers de banlieue sont des origines maghrébines et sont pour la plupart musulmans. Une petite partie d'entre eux rejettent les valeurs de la république et les avancées scientifiques (théorie de l'évolution) sous prétexte de suivre rigoureusement le Coran. Cette situation est relativement récente. A t-on donné à cette population la possibilité d'avoir une place qui leur est due dans la République (accès au logement, à l'emploi, aux discothèques, aux stages) ?

On peut aussi directement se référer aux textes d'origine : le Coran. C'est, je pense, l'un des meilleurs moyens d'y trouver une réponse. Dans le Coran, seuls quelques versets pourraient évoquer le port du voile chez la femme «  Et dis aux croyantes qu’elles baissent leurs regards […]et qu’elles rabattent leur voile sur leur poitrine» « O Prophète ! Dis à tes épouses, et à tes filles, et aux femmes des croyants de ramener sur elles leurs grands voiles ; elles en seront plus vite reconnues et exemptes de peine ». Comment faut-il comprendre ces versets, dont aucun n’évoque la chevelure ? Les indications vestimentaires du Coran ne seraient donc pas d’ordre religieux, mais social ? On peut ainsi constater que le Coran est très imprécis au sujet du port car rien ne mentionne de couvrir ses cheveux et que la seule partie du corps qui est citée c'est la poitrine. Il n'y apas cependant d'interdiction de porter le voile.

Or, chez la femme, le voile n'est pas qu'une question de religion. On peut citer comme exemple Latifa Ibn Ziaten qui affirme porter ce foulard depuis le décès de son fils, en signe de deuil et qu’il n’a rien à voir avec un voile islamique. Elle déclare être française, née au Maroc, de religion musulmane, mais n'avoir jamais porté le voile.. Pour certains, porter le voile est une soumission à son mari, sa famille, Dieu. Mais c'est aussi une tradition qui peut être familiale, comme une femme qui couvrait ses cheveux d'un « fichu » estimant que c'est un marqueur de correction.Des femmes peuvent aussi porter le voile parce qu'elles estiment que cela va les rapprocher de Dieu ou les aider à se concentrer quand elles vont prier. Les raisons de porter le voile sont aussi variées que les pratiques religieuses ?

On peut, désormais, s'attarder sur un cas particulier : le port du voile d'un parent d'élève en sortie scolaire pose t-il problème ?Pour le moment, comme le lui permet la loi, une femme est autorisée à porter le voile en sortie scolaire, car elle s'y présente en tant que parent, elle n'est pas soumise au principe de neutralité. Doit-on interdire le port du voile dans tout le cadre scolaire ? Une sortie scolaire en fait-elle partie ? Peut-on argumenter que ces sorties sont hors établissement pour permettre le port du voile ? Ces sorties sont-elles vraiment des activités scolaires au même titre que la piscine, le gymnase ou le terrain de sport ? Est-ce au nom de ces arguments qu'on doit autoriser le port du voile ?

L'évolution de la condition de la femme n'est pas faite uniquement sur des interdictions. Une femme qui a un nom ou un prénom d'origine maghrébine serait ainsi stigmatisée par son identité et même parfois sa classe sociale. Les gens se permettraient delui refuser des droits fondamentaux de notre société tel que le droit au logement. Les femmes se voient alors obligées d'enlever le voile pour se sentir égales face aux autres et bénéficier de leurs droits. De plus, rien ne prouve que le port du voile soit issu d'une pratique religieuse. Sans compter que dans certains quartiers, interdire le port du voile serait renoncer aux accompagnants,et entrainerait la fin des sorties scolaires.

Ce questionnement est d'autant plus important, que récemment, une femme voilée a accompagné son enfant lors d'une sortie scolaire à l'assemblée nationale. Un député du Rassemblement national, Julien Odoul, lui a fait remarqué devant toute l'assemblée. Le soudain attachement du député RN Julien Odoul est-il sincère ? Que pense t-il des intégristes religieux qui manifestent contre le droit à l'avortement, la PMA pour toutes et le mariage pour tous ? Une grande partie des gens allergiques au port du voile sont souvent plutôt xénophobes et racistes. Un amalgame ressort fréquemment : c'est l'arabe qui les effraie plutôt que le musulman.

Cet événement se rajoute en réalité à tout ce que pense le RN des soit-disant « étrangers » en France et leur politique sévère sur l'immigration.De plus, Marine Le Pen a estimé samedi 9 novembre que les personnes qui iront manifester dimanche 10 novembre contre l’islamophobie, notamment de La France Insoumise, seront « main dans la main avec les islamistes ». Président de LFI, Jean-Luc Mélenchon lui a confirmé qu’il participerait bien à la marche. Mais la démarche de La France Insoumise, principal adversaire du RN a ses limites puisque Jean Luc Mélenchon luttait précédemment contre le port du voile et défendait à tout pris le principe de la laïcité.La manifestation contre l'islamophobie et la stigmatisation des musulmans pourrait être aussi critiquée à cause de certaines personnes à l'initiative de cette démarche. Ainsi les autres partis ne s'y sont pas associés et des députés, qui avaient donné leur soutien initial ont renoncé, sous des prétextesvariés.

Aussi, la presse n'aide pas à comprendre le débat sur la place de la femme voilée dans la société puisque selon le journal Libération, il y a eu 85 débats, 286 interventions lors des débats mais 0 femme voilée invitée à l'exception de Latifa Ibn Ziaten, qui a eu l'occasion de s'exprimer sur LCI, mais pas dans le cadre d'un débat. Des débats où l'intérêt du sujet pourrait être à revoir surtout lorsqu'ils sont parfois accompagnés de dérapages islamophobes notamment de la part des journalistes. Olivier Galzi a littéralement comparé le voile à l’uniforme SS mais aussi Yves Théraud, journaliste au Figaro, qui avait déclaré qu'il détestait la religion musulmane et avait descendu d'un bus à la vue d'une femme voilée.

Cette réflexion m'amène donc à aucune réponse précise. Quelle serait la véritable solution à adopter concernant le port du voile ? L'affirmation d'une position tranchée est difficile. Vu le contexte, on a plus le sentiment que c'est un débat sur le racisme. Faut-il être un fervent défenseur de la laïcité et l'interdire ? Ou que la République devrait commencer par être égale avec tous ses citoyens ?

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