La liberté d'expression, un principe en danger ?

L’assassinat de Samuel Paty, le 16 octobre 2020 à Conflans-Saint-Honorine, professeur d'histoire-géographie qui avait montré des caricatures de Charlie Hebdo à sa classe lors d'un cours sur la liberté d'expression, a profondément touché la France. D'une part, par la violence inouïe de l'acte mais aussi par le fait que les valeurs les plus importantes de la démocratie française ont été atteintes.

 Tout d'abord, il est essentiel de comprendre la conception française de la liberté d'expression. La liberté d’expression, droit inscrit dans la déclaration universelle des droits de l'homme et dans d'autres nombreux textes, est le droit de toute personne à exprimer ce qu’elle pense, ressent, quel que soit le moyen utilisé à condition de respecter la loi. Mais c’est aussi le droit à être informé et à pouvoir diffuser des informations.

Le principe de liberté d'expression est pris en étau entre le droit de blasphémer, y compris à l'école, et les élèves qui croient en une religion qui considèrent que critiquer leur religion n'est pas tolérable. Le droit de blasphémer n'est pas reconnu comme un délit car la France est un état laïc, la religion et l’État sont séparés depuis la loi de 1905. Ainsi, la religion relève de la sphère privée.

En France, certains établissements scolaires sont devenus des zones de lutte où enseigner sans tabous constitue un défi. La tâche très difficile des enseignants est de transmettre les valeurs de la République à tous les élèves de tous les milieux, toute culture et toute croyance confondue. Et c'est justement ce dont s'est chargé Samuel Paty. L’enseignement peut choquer à partir du moment où chaque personne peut se sentir offensée par une parole ou un geste, c'est pourquoi enseigner demande d'avoir une relation de confiance. Lorsque l'on est enseignant, il peut se créer une véritable relation affective au sein de la classe.

En rendant hommage à Samuel Paty, le président de la République, Emmanuel Macron a prononcé une phrase qui a tout de suite fait l'objet de polémiques en assurant que la France ne « renoncerait pas aux caricatures, aux dessins, même si d'autres reculent », prenant appui sur l'autorisation au blasphème en France et sur le principe de laïcité.

Cela a engendré une vague de protestations dans la région du Moyen Orient, certains musulmans ne comprennent pas pourquoi on a la possibilité de critiquer des symboles religieux en France ; ils ont le sentiment que les caricaturistes veulent les provoquer en publiant leurs travaux. Certains pays du monde musulman tels que le Koweït, le Qatar ou la Jordanie ont appelé au boycott des produits français. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan a lui-même relayé ces appels en demandant de ne pas acheter les marques françaises. Cependant, des divisions à ce sujet règnent même au sein des pays du Moyen-Orient.

L'immense majorité des musulmans condamne l’extrémisme, la violence comme réponse à des discours.

Azmi Bichara, intellectuel palestinien vivant au Qatar, explique les raisons pour lesquelles « les musulmans doivent comprendre le cadre intellectuel français. Et comment les Français devraient appréhender la façon dont ils sont regardés de l’extérieur. »

Il ajoute : « l’assassinat d’un professeur d’histoire est un crime qu’il faut condamner sans objection ».

Emmanuel Macron a t-il « soutenu les caricatures » ? N'a t-il pas plutôt soutenu le droit de la presse à publier des caricatures ? Si la phrase du Chef de l’État a peut-être pu être maladroite, il n'en demeure pas moins qu'il se doit de soutenir la liberté d'expression car c'est un pilier de notre démocratie.

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