Critique sur la notion de sionisme

Analyse d'un article issu du Ha'aretz, grand quotidien israélien de Tel-Aviv, paru le 30 janvier 2021 dans lequel Gideon Levy et Gadi Taub s'opposent sur la notion de sionisme. L'article a été traduit et repris par la revue Courrier International le 24 février 2021.

Cet article est organisé d’une manière différente de la plupart des articles de journaux. En effet, ici, la question « Israélien antisioniste est-il forcément antisémite ? » fait l’objet d’un débat entre Gadi Taub, historien israélien et Gideon Levy, journaliste et membre de la rédaction de Ha’aretz. On peut donc voir que l’article est séparé en 2 parties. L’une relate la vision de Gadi Taub, qui soutient un sionisme originel où Israël est l’incarnation du droit des Juifs, et l’autre une vision beaucoup plus critique du sionisme et de la politique d’Israël.

Gadi Taub pense qu’un Israélien antisioniste s’en prend directement à l’existence d’Israël. Et critique la circulation d’une pétition qui condamne la phrase — dans un texte sur lequel travaille le gouvernement américain — « l’existence de l’État d’Israël est une entreprise raciste ». Selon lui, les organisations qui ont lancé la pétition défendent l’idée que le sionisme peut être vu comme une forme de racisme, ce qui justifierait le fait que le sionisme soit considéré comme une « occupation israélienne » ou encore d’« une entreprise colonialiste illégitime ». Gadi Taub semble en accord avec les propos de Mike Pompeo qui déclare que « l’antisionisme est un antisémitisme ».

L’historien considère le refus de l’existence de l’État d’Israël et la volonté du retour des Palestiniens comme un exemple d’antisémitisme par les signataires de la pétition.

De son côté, Gideon Levy s’oppose fermement aux idées de Gadi Taub. Il lui reproche de faire usage de propagande en disant que le sionisme est intouchable. La version du sionisme de Taub serait trop sacrée pour qu’on la critique et tendrait ainsi à une « idéologie tyrannique », il accuserait également l'extrême gauche de confusions entre différentes versions du sionisme. Gideon Levy déplore le manque de rigueur de Taub qui ne s’appuie pas sur des faits concrets et qui, par conséquent, ignore une certaine responsabilité d’Israël et de son gouvernement.

Il pense qu’il est dans le droit des gens de considérer le sionisme comme une forme de racisme et que ceux qui se réclament de l’antisionisme (qui est une démarche politique) ne soient pas alors vus comme des racistes. Pour lui, l’objectif n’est pas de chasser les Juifs pour faire revenir les Palestiniens mais de reconnaître les erreurs du sionisme.

L’article permet à deux intellectuels israéliens de donner leur vision du sionisme, mais ne faudrait-il pas un troisième avis, plus modéré ? Le sionisme concerne la création d’un État juif en Palestine, et pourtant, on remarque qu’il n’y a pas d’avis d’un·e intellectuel·le palestinien·ne. Cet article met en évidence qu’il s’agit, en fait, d’un débat essentiellement politique. Gideon Levy écrit dans Ha’aretz, journal de centre gauche, avec des valeurs humanistes (d’ailleurs conformes à celles des premiers colons). À l’inverse, Gadi Taub est un personnage de droite (il soutient le Likoud, parti sioniste libéral et capitaliste). Cela pourrait laisser penser qu’en plus d’une opposition sur la notion d’antisionisme, il y a une opposition entre gauche et droite. Pourtant le sionisme n’est pas forcément une question qui peut se situer dans les désaccords du clivage gauche-droite et c’est pourtant l’impression que peut donner cet article. Il manque, me semble-t-il, une partie dont le but serait d’être la plus objective et la plus factuelle possible. Ce serait une partie sur l’évolution du concept de sionisme. À l’origine, le sionisme est la nécessité de créer un foyer juif en Palestine. Or l’état d’Israël existe depuis 1948, ce qui induit, sauf à exiger la destruction d’État d’Israël, que le but du sionisme est atteint. L’antisionisme aujourd’hui est davantage un combat contre la politique d’Israël (refus d’un état binational, colonisation des territoires palestiniens etc.).

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