Une goutte d'eau dans l'océan

J’écris ce billet, non en ayant plus de légitimité qu’un autre, plus de connaissance qu’un autre mais simplement en faisant un constat amer de ce qui est en train de se passer politiquement en France. La mise en place du passe sanitaire est profondément injuste et inégalitaire, d’abord car au moment de sa mise en application, tout le monde n’a pas pu bénéficier d’une vaccination complète, donc le gouvernement ne donne pas les moyens puis isole.

Le but de ce billet est d’abord de résoudre l’amalgame réaliser entre les anti-vax et les anti-pass. Imaginer des théories complotistes et affronter la violente réalité telle qu’elle est sont deux choses différentes. Penser que le vaccin est dangereux et penser qu’il ne doit pas exister de discriminations au sein d’un peuple sont deux choses différentes. Penser qu’il faut défendre une liberté du corps et une liberté de vie ne revient pas à douter du vaccin. Mais les médias et les membres de la majorité se réjouissent bien de cet amalgame, afin qu’il puisse faire passer les lois les plus fantasques, se targuant que l’irrationalité ne se trouve que dans le camp de l’opposition. Ainsi plus personne de sensée n’aurait la capacité de les contredire. Une partie de la population est aussi ravie d’avoir tout compris du premier coup, d’accepter ce passeport donnant accès à une vie décente. Mais il s’agirait de se méfier car il est bien plus facile d’accepter tout cuit ce que le gouvernement nous sert. Il est plus agréable de fermer les yeux et de croire que d’autres font le bon choix pour nous. Or, une situation n’est jamais toute blanche ou toute noire et il faut se méfier de tous les avis bien tranchés que nous avons. Il est en revanche plus difficile de s’opposer à ce qu’on nous impose, de remettre en question, de résister et de renoncer à son confort pour demander justice pour tous. 

Les fous sont les anti-vax et le gouvernement ainsi que les pro-passe ne sont que raison ? Pourtant, il semble bien que ce passe voté en quatrième vitesse, à 5h du matin après une nuit de débat, ce qui fait se poser des questions quand à la qualité de ce vote, aboutit à de nombreuses absurdités. La possibilité de licencier ceux qui ne seront pas vaccinés, le rejet de l’amendement qui garantit la disparition de l’exigence du passe quand la situation ira mieux. Enfin, l’opposition parvient à une petite victoire en ôtant l’exigence du passe sanitaire pour les visites à l’hôpital mais voilà que le gouvernement ressort un autre amendement et fait passer cette décision. Revotons jusque’à ce que tout passe. Le gouvernement semble mal supporter que quelque chose lui échappe. Un autre exemple, avec l’exigence du passe sanitaire dans les lieux culturels, notamment au cinéma, qui doit tenir de leur lubie, au vu du risque de contamination dans une salle de cinéma. Depuis combien de temps n’ont-ils pas mis les pieds au cinéma ? Où les séances à plus de 10 personnes sont rares. Les cinémas décident donc de limiter leur jauge à 50 personnes. Mais la Direction générale de la santé indiquent que c’est le nombre de places et non de personnes présentes (absurdité totale) qui comptent. Finalement, la diminution de la jauge fonctionne. La loi n’a apparemment pas été assez bien faite pour que rien ne leur échappe.

Nous voilà donc face un gouvernement qui n’a aucune confiance en sa population et pense devoir tout faire à sa place, en témoigne la mise en place de ce pass alors que 55% de la population avait déjà reçu sa première dose. Nous voilà face à un gouvernement méprisant au possible, qui ne se dérange pour proposer un amendement (refusé) qui dispenserai le restaurant de l’Assemblée Nationale d’exiger le passe sanitaire. Or, comme dit Camus « Toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme. ». Ils nous méprisent et ne croient avoir plus que la violence et le contrôle extrême pour parvenir à nous gouverner. Mais il faudrait leur rappeler que nous payons cette crise en partie de LEUR désaffection des hôpitaux, de LEUR non-contrôle de ce que les grandes entreprises font, de LEUR aveuglement par le profit. (Qui ne cesse pas quand des discours tel que « travailler plus pour gagner plus » semble être la solution à cette crise, alors qu’il s’agirait de moins produire et moins travailler.). Bref, il reviendrait plutôt au peuple de ne pas leur faire confiance. 

Mais le plus grand coup de maitre de ce jeu politique, reste bien de parvenir à se garder d’être responsable en divisant pour mieux régner. La France se déchire entre vaccinés et non vaccinés, chacun accusant l’autre d’être égoïste. Mais n’est-il pas aussi égoïste de ne pas se vacciner que de préférer priver une partie de la population de sa liberté pour sa propre conservation ? Au mieux tout le monde est égoïste, et il faut tourner le regard vers le réel ennemi, celui qui divise. La France se déchire entre contrôleurs et contrôlés, où chaque citoyen sera amené à se contrôler les uns les autres, le gouvernement réussissant l’illusion qu’ils n’y sont pour rien, mais que nous devons nous méfier les uns des autres. 

Ainsi le gouvernement serait bien EN MARCHE sur nos libertés, au delà du passe sanitaire (suivre la réforme du bac où les élèves comme les professeurs sont priés de ne plus trop réfléchir, suivre la réforme chômage que même le conseil constitutionnel juge profondément injuste et appauvrissante).

Alors, voilà, le passe sanitaire est passé. Le gouvernement continue de nous faire peur, car quelques fous ont écrit qu’il faut user de la peur pour bien gouverner, pour empêcher que ce soit la guerre de tous contre tous mais lorsque le gouvernement est bien plus effrayant que n’importe quel concitoyen alors le contrat est rompu. 

Macron a, après tout, répété que nous sommes en guerre et à chaque guerre ses résistants. Rappelez-vous, enfin, qu’il convient toujours de se méfier d’être dans le camp des plus forts, où sont le plus souvent les oppresseurs.

L.R.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.