Macron-Pétain, quand la pensée complexe déraille

E. Macron a cru bon se livrer à un exercice d'en même temps ; cette fois il a déraillé. Un président en exercice n'a pas à imposer sa vision du cours de l'histoire. Il y a un an, dans l'entretien qu'il a accordé au Point, E. Macron opposait la France de La Fayette à celle de Pétain. Aurait-il oublié ? Serait-ce un contre-feu pour détourner l'attention ?

Quand une itinérance de la pensée complexe finit dans l'accotement.

Il y a un an dans l'entretien qu'il a accordé au Point, E. Macron tenait ces propos : "Il y a la France de La Fayette et il y a celle de Pétain". Deux France antagonistes à ses yeux.

L'exercice d'en même temps du jour qui reconnaîtrait des mérites au Pétain de la première guerre et regretterait les choix funestes de celui de 1940 montre les limites de cette relecture de l'histoire que ce président impose au pays depuis son élection.

Ouvrir une brèche mémorielle en reconnaissant rétrospectivement à Pétain des mérites, c'est emprunter le chemin d'un relativisme qui, certes peut être de mise chez les historiens qui peuvent en débattre, mais n'a pas de place dans le propos d'un dirigeant de la République, a fortiori quand c'est le président qui s'exprime.

Lorsque P. Pétain est revenu au pouvoir, il avait mis en avant son aura de vainqueur de Verdun. La pensée complexe d'E. Macron, mal conseillé, a déraillé. De même, c'est mal connaître l'histoire de désigner P. Pétain avec sa dignité de maréchal en 2018 ; c'est une faute politique car cette dignité lui a été retirée lorsqu'il fut condamné à l'indignité nationale. Le soldat de la première guerre mondiale ne peut faire oublier ce que le chef d'un état collaborationniste a rendu possible.

Une question se pose. E. Macron essayerait-il d'allumer un contre-feu pour masquer le fiasco dans lequel s'enfonce son itinérance mémorielle ?

 

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