Les Kurdes et l’islam politique

Le 18 Janvier dernier était lancé par l’armée turque l’opération militaire « rameau d’olivier ». Cette opération intervient directement sur le territoire syrien et a pour but d’empêcher l’unification des cantons sous le contrôle des Forces Démocratiques Syriennes (FDS). Des cantons à majorité kurde se trouvant à la frontière turco-syrienne.

Les Forces Démocratiques Syriennes sont une coalition de forces armées arabes et kurdes. Cette coalition est largement dominée par les Unités de Protection du Peuple (YPG). Ces unités sont la branche armée du Parti de l’Union Démocratique (PYD). Ce parti se trouve à la tête de l’unité fédérale du Rojava (ou Kurdistan occidental - Nord de la Syrie) constituée au cours de l’année 2016.


Le Parti de l'Union Démocratique (PYD) est considéré comme une organisation terroriste par l’Etat Turc. Ce dernier considère le PYD comme la branche syrienne du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), une organisation menant des actions de guérilla sur le sol Turc depuis 1984. Le PKK est une organisation dont la matrice est marxiste et léniniste bien que ces idéologies ne figurent plus dans ses statuts depuis 2005. A cette date, l’organisation commence à développer ses idées autour de ce qui est nommé le « Confédéralisme démocratique » (Abdullah Öcalan, « Democratic Confederalism », International Initiative, 2011). Une doctrine théorisée par le leader historique du PKK, Abdullah Öcalan.

Une idéologie qui est mis en place par le PYD dans les cantons ou il détient le pouvoir en Syrie. Le Confédéralisme démocratique vise selon Mireille Court « à accomplir le droit à l’autodéfense des peuples en contribuant à la progression de la démocratie dans toutes les parties du Kurdistan, sans toutefois remettre en cause les frontières politiques existantes » (Mireille Court et Chris Den Hond, « Une utopie au coeur du chaos syrien », Le Monde Diplomatique, 1er Septembre 2017).

Ces deux organisations idéologiquement de gauche sont aujourd’hui les plus célèbres de la mouvance kurde, du moins aux yeux du grand public et des gouvernements occidentaux. Le combat des YPG contre les forces de l’Etat Islamique (Daesh) en a fait de facto, un des alliés des puissances occidentales. Lors de la reprise de Raqqa (capitale syrienne de Daesh) entre Juin et Octobre 2017 les FDS furent appuyés par les forces de la coalition internationale. Une coalition composée notamment par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni. Ces trois pays livrèrent, de plus, armes et blindés de moyenne puissance aux FDS (Service International, « Washington arme les Kurdes syriens pour mener l’assaut contre Raqqa », Le Monde, 10 Mai 2017).

L'image internationale

La reprise des combats entres forces de sécurité turques et militants du PKK durant l’année 2015 et le déclenchement des opérations militaires turques contre les YPG en 2017 compliquent grandement les choses dans les dossiers kurde et syrien. De plus, ces événements donnent l’image d’une Turquie revancharde et dont le régime de son président Tayyip Erdogan est de plus en plus décrié par la communauté internationale. Une Turquie qui attaque des forces kurdes réputées progressistes, féministes et se battant contre l’obscurantisme de Daesh sur le terrain. Daesh, une organisation terroriste au recrutement international. On dénombre par exemple plus de 3000 jeunes belges qui seraient partis en Syrie ou en Irak pour rejoindre ses rangs. En termes de statistiques la Tunisie et la Belgique sont les premiers « pourvoyeurs » d’hommes de l’Etat Islamique si l’on calcule le rapport entre le nombre de recrues et la population totale de chacun de ces deux pays.

La question qui se pose est la suivante : comment Daesh arrive à recruter de jeunes musulmans sunnites se trouvant à des milliers de kilomètres de la Syrie et non pas de jeunes kurdes vivant sur place et qui sont, rappelons le, en grande majorité sunnites ? En effet le contexte fait que nous désignons ces jeunes à l’écrit et sur les cartes par leur ethnie et non par leur religion. Les partis et organisation kurdes comme le PKK en Turquie, le PYD en Syrie et le Parti Démocratique du Kurdistan (PDK, nationalisme kurde) au pouvoir au Kurdistan Irakien éclipsent l’islamisme kurde, qui, pourtant, existe bel et bien.

Abdullah Öcalan, leader historique du PKK Abdullah Öcalan, leader historique du PKK

La preuve qu’une radicalité peut en cacher une autre est que l’une des raisons de la reprise du conflit entre le PKK et les forces Turques en 2015 fut l’attentat de Suruç (20 Juillet 2015). Cet attentat fut le premier revendiqué par l’Etat Islamique sur le sol turc. Un attentat dans une ville qui se trouve être majoritairement kurde. Deux jours plus tard le PKK revendiquait l’exécution de deux policiers turcs accusés de complicité avec « les gangsters de Daesh ». L’attentat de Suruç fut commis par un kamikaze d’origine kurde ayant rejoint l’Etat Islamique.

Islamiste avant d'être kurde

 L’islamisme kurde a comme point d’encrage la ville d’Halabja. Une ville se trouvant au Nord-Est de Bagdad et à une quinzaine de kilomètres de la frontière irano-irakienne. C’est durant les années 1950 que l’islamisme kurde se développe à partir de cette cité, pour faire naître une première génération d’acteurs qui prend son envol au cours des années 1980. Cette première génération va s’incorporer dans le mouvement islamiste irakien et plus précisément celui des Frères Musulmans Irakiens. Le processus islamiste kurde subit une « irakisation » selon les termes d’Adel Bakawan (Adel Bakawan, « Les trois générations du djihadisme au Kurdistan d’Irak », Ifri, Notes de l’Ifri, Juillet 2017). Nous parlons donc ici d’individus islamistes et kurdes, non le contraire. L’idéologie passe avant le caractère ethnique de l’individu en question.

L’objectif de cette première génération n’était pas le djihad, en tout cas pas dans le sens ou on peut l’entendre aujourd’hui. Ce combat qui permettrait de prendre le contrôle de l’Etat par la force armée. En effet, le but est alors de réislamiser la société kurde. Une tactique devant aller du bas vers le haut de la société au fur à mesure que progressera cette idéologie. Cette méthode du nivellement par le bas sera celle de la Da’wa qui signifie l’ « appel à l’islam ». La mosquée est le lieu par excellence de cette socialisation religieuse théorisé depuis Bagdad et mis en places par les islamises kurdes au Kurdistan. A parti des années 1950, les Frères Musulmans kurdes vont appliquer les méthodes de leurs « grands frères » de Bagdad. Trois événements majeurs vont alors changer la donne en 1979. Une donne qui transforme l’idéologie et l’organisation des islamistes kurdes.

En 1979, Saddam Hussein prend le pouvoir en Irak. La même année la République Islamique d’Iran est proclamée. Pour notre sujet, ces deux éléments sont à lier. Enfin, en 1979 est proclamé le djihad en Afghanistan contre l’occupation soviétique. Ce djihad est soutenu par l’Organisation Internationale des Frères Musulmans. Ce soutien va alors faire germer l’idée chez les FMK (Frères Musulmans Kurdes) de mener un djihad contre le régime d’Hussein en Irak. Ils reçoivent une fin de non recevoir de la part de l’OIFM. L’organisation voit dans Saddam Hussein un rempart contre la propagation de l’influence chiite venant d’Iran. Ils sont prêts à fermer les yeux sur la persécution dont ils sont victimes par ce même régime. C’est à ce moment que prend place la rupture.

Kurde avant d'être islamiste

 Les FMK vont changer peu à peu leur mode de pensée. Ils s’opposent à l’OIFM en avançant pour la première fois « le Kurdistan ». Ils font un parallèle entre le régime bassiste irakien occupant le Kurdistan irakien et le « régime communiste » occupant l’Afghanistan. Deux régimes autant « mécréant » l’un que l’autre. Le projet d’une république sunnite et kurde commence à apparaître. Les oulémas kurdes cherchent des versets coraniques pouvant justifier un djihad « national » censé libérer une nation victime d’un oppresseur. (Entretien entre Adel Bakawan et Aboubakr Ali, un des intellectuels les plus connus de la mouvance islamiste frériste au Kurdistan, le 22 avril 2016, à Suleimanyiah). On passe d’une réislamisation par le bas à une réislamisation par le haut. De plus, celle-ci se devra d’être menée par les armes. La rupture est consommée entre les FMK et l’OIMF avant que cette dernière ne les exclut officiellement. C’est le point de départ de la première génération de djihadistes kurdes dans les années 1980.

Le Kurdistan irakien actuel Le Kurdistan irakien actuel

La théologie musulmane est alors enseigné selon les traitions académique kurdes. Pour devenir alim (savant) il faut passer par les écoles islamiques, nommés houjra en langue kurde. Ces écoles aux 12 disciplines comme la philosophie et l’étude du Coran sont les formatrices des oulémas. Ces derniers sont la caution morale des militants, ils encadrent le djihad de ceux-ci. La majorité de ces militants sont issus des écoles républicaines irakiennes. Leur bagage étudiant est donc élevé. Enfin, point important, ils séparent idéologiquement djihad et terrorisme. Ils sont en guerre contre le régime bassiste et non contre la société. Un des djihadistes kurdes avec lesquels s’est entretenu Adel Bakawan le détaille très clairement : « Nous étions en guerre contre l’armée du régime baasiste et non contre la société, c’est pourquoi nous n’avons jamais tué un civil, jamais de voiture piégée ou d’explosion dans les rues, même pas de prise d’otage, nous voulions un État islamique, pas un État terroriste » (Entretien entre Adel Bakawan et Ifran Abdelaziz).

Un nouvel acteur entre en scène au cours des années 1980 : le nationalisme kurde incarné par l’UPK (Union Patriotique du Kurdistan) de Jalal Tabani et le PDK (Parti Démocratique du Kurdistan) de Massoud Barzani. Les nationalistes portent depuis plus longtemps que les islamistes la question kurde. Les nationalistes font le pari d’intégrer les djihadistes dans le jeu kurde. Ces derniers voulaient islamiser la question kurde, au final c’est la « kurdistanisation » de la question islamiste qui l’emporte.

Le chemin de la « mondialisation terroriste » 

Une simple opposition idéologique entre nationalistes et islamistes kurdes n’est pas la seule explication de la victoire des premiers. Un nouvel événement politique de taille va une nouvelle fois faire basculer l’islamisme kurde. En 1991, le Kurdistan se trouve d’un seul coup « libéré de l’occupant » sunnite arabe. La première Guerre du Golfe (2 Août 1990 - 28 Février 1991) a pour conclusion la déroute de l’armée irakienne et la fragilisation du régime de Saddam Hussein. Une révolte éclate dans le Nord, au Kurdistan Irakien. Une autonomie de fait s’établit, plus tard appuyée par les forces américaines. La zone est administrée par les deux partis rivaux UPK et PDK. Ces mêmes partis obtiennent environ le même nombre de voix lors des élections du 19 Mai 1992 parmi les 1,5 millions d’électeurs kurdes (Michel Verrier, « La guerre s'étend au Kurdistan », Le Monde Diplomatique, Janvier 1993).

Portrait de Saladin par Cristofano dell’Altissimo, vers 1552 -1558 Portrait de Saladin par Cristofano dell’Altissimo, vers 1552 -1558

Le « djihad national » de la première génération des djihadistes kurdes n’a donc plus de raison d’être. Comment lutter contre une chose qui de fait n’existe plus ? La séparation entre le djihad et le terrorisme s’effrite alors à partir du moment ou le Kurdistan n’est plus « occupé ». La deuxième et troisième génération de djihadistes kurdes vont alors tomber dans le terrorisme international. Une minorité, plus radicale va refuser de céder à la « capitulation » face aux nationalistes. Ces radicaux veulent établir un nouveau mode de combat, basé sur celui du célèbre Al-Qaeda. Seulement dix jours avant les attentats du 11 Septembre 2001 se forme l’organisation Jund al-Islam (« les soldats de l’islam »). 

Le 5 décembre de la même année elle adopte le nom d’Ansar al-Islam. Pour la première fois dans le Kurdistan moderne, une organisation adopte le terrorisme comme moyen de lutte. Le contexte chaotique de la région (guerre civile entre l’UPK et le PDK, crise économique, etc.) favorise son développement et permet une liberté d’action certaine. On assiste à la naissance d’une seconde génération de djihadistes kurdes. Une génération se radicalisant et revenant dans le giron strictement sunnite. Ce revirement idéologique et structurelle est actée par l’intronisation d’Ansar al-Islam comme branche officielle d’Al-Qaeda au Kurdistan. Le basculement se fait sous trois angles. Tout d’abord idéologique passant de l’islam traditionnel des oulémas au salafisme. Au niveau du paradigme, celui-ci passant du caractère national au caractère international et enfin au niveau organisationnel, en rejoignant un groupe « global » (Al-Qaeda).

Daesh et les raisons de la « radicalisation » 

L’invasion américaine de 2003 et la radicalisation des djihadistes kurdes poussent les nationalistes kurdes à s’allier avec les premiers afin d’abattre les seconds. Le 21 Mars 2003, l’ensemble des djihadistes sont chassés du territoire kurde en Irak. La majorité se réfugient en Iran. Quelques mois plus tard, les « réfugiés » reviennent dans une Irak dévasté au Sud, en proie aux violences confessionnelles. Ils rejoignent Al-Qaeda en Irak tandis que le Kurdistan connaît stabilité politique et croissance économique. Le Kurdistan devient une zone touristique (En 2012, le nombre de touristes au Kurdistan arrive à deux millions) et chose exceptionnelle, la région accueille pour la première fois des migrants économiques provenant de l’Afrique subsaharienne au cours des années 2000.

Le sytème politique de la région autonome s’ouvre et se détend. On compte six partis différents au Parlement du Kurdistan irakien en 2013. Cependant les jours heureux ne pourront échapper aux différents chamboulements et drames que connaît le Monde arabe au cours des années 2010. Le Printemps Arabe, la guerre civile Syrienne qui suit ou encore le départ des troupes américaine d’Irak, pays qui ne dispose toujours pas d’un Etat stable et fort. Par la suite tout va très vite, le 10 Juin 2014, la ville de Mossoul tombe aux mains de Daesh. Le 29 de ce même mois, le monde découvre Al-Baghdadi, Calife auto-proclamé de tous les musulmans du monde.

Entre temps, le Kurdistan souffre fatalement de la situation, tout comme ses voisins. En Février 2011, une partie de la jeunesse kurde manifeste contre le Gouvernement du Kurdistan. Les rassemblements sont durement réprimés dans le sang par les Peshmergas (Nom officiel donné par le gouvernement régional du Kurdistan aux Forces armées du Kurdistan irakien). À partir de l’année 2016 le Kurdistan est rattrapé par la situation et subit une série d’attentats, notamment à la voiture piégée. Cette même année, des troupes de Daesh essentiellement composés de jeunes kurdes tentent de contrôler la ville de Kirkouk. La menace n’est plus seulement externe, mais aussi interne. Qui sont ces jeunes (dont on estime le nombre à plus de 2000 durant le mois d’Août de 2014) qui s’engagent dans les rangs de Daesh ? Qui choisissent ainsi de lutter contre leur propre société et leur gouvernement.

Des Peshmergas dans la ville de Kirkouk en 2017 Des Peshmergas dans la ville de Kirkouk en 2017

La troisième génération de djihadistes kurdes vient d’éclore, celle-ci grandit avec Daesh. Tout comme des jeunes occidentaux ils choisissent la violence, se retournant contre leur pays d’origine. Le premier élément marquant est l’absence de leaders charismatiques au sein de la communauté kurde au contraire de ce que pouvait posséder les deux premières générations. Un second élément et non des moindres concerne l’ « ère du temps ». Les deux premières générations investissaient les mosquées, alors que cette troisième génération se radicalise sur Facebook ou sur Youtube.

Ici le « terreau idéologique » n’est plus préparé en amont. L’enseignement et la théologie ne sont pas la base de la radicalisation de ces jeunes. L’explication peut être alors sociale. Les profils se ressemblent et se confondent. Bien souvent le jeune kurde rejoignant Daesh est défavorisé socialement et sans idéologie d’origine. En effet nombre de ces jeunes n’étaient pas de base, confrontés au nationalisme kurde ou à l’islamisme dans le cadre social ou familial (P.-J. Luizard, Laïcités autoritaires en terre d’Islam, Paris, Fayard, 2008). La grande erreur du gouvernement autonome du Kurdistan est d’avoir cru que lors de leur défaite militaire en 2003, les djihadistes subissaient également une défaite idéologique dans une société sans doute débarrassée de toute idéologie comme la leur. Dix ans plus tard, la région donnait naissance à une nouvelle génération de djihadistes plus violente et plus nombreuse que jamais. Cette troisième génération enfin, se bat contre d’autres kurdes en Syrie et commet des attentats dans des territoires kurdes en Irak, en Turquie et bien sûr, en Syrie. Cette génération, c’est celle de Daesh.

L’histoire se répète. Daesh utilise une kurdistanisation de la question islamiste. En effet, le groupe terroriste envoie des jeunes d’origine kurde lorsqu’elle souhaite commettre des attentats sur le sol kurde en Syrie, en Turquie ou en Irak. De plus, le groupe utilise dans sa propagande le personnage de Saladin, kurde et héros musulman depuis sa reprise de Jérusalem (2 Octobre 1187). Cette utilisation de l’image de Saladin tente de montrer aux jeunes kurdes que leur « caractère » ethnique n’est en rien un frein dans la lutte armée au nom de l’islam sunnite.


Trois générations de djihadistes sont nées et se sont développées depuis le Kurdistan irakien. Alors que la situation n’a été en « surface » jamais été aussi bonne en terme de pouvoir politique, les générations se sont radicalisées et sont tombées dans une violence de plus en plus forte. Le déclassement social, l’explosion de la violence au Moyen-Orient et l’idéologie nationaliste kurde rejetant l’arabe sunnite sont trois des grandes explications de l’apparition de Daesh dans la jeunesse kurde. Le déni, comparable à celui de 2003 n’arrange en rien la situation. Cela repousse le problème, remettant « à demain » la possible solution.

La situation est comparable à l’Europe. Les phrases tels que « se ne sont pas de vrais kurdes » dans la bouche de Massoud Barzani sont semblables à celles que l’on peut lire en Occident en évoquant les « faux musulmans » ou les « faux français, allemands, etc ». Un déni pur et simple de la réalité. La situation globale de la région motive les discours qui bonifient le kurde « laïc et progressiste luttant contre l’obscurantisme ». Ces djihadistes font bel et bien partie de la société kurde irakienne et de la mouvance kurde en général, le nier serait se dévoyer. Le sytème rigide politique en place au Kurdistan irakien et la corruption de celui-ci passent au second plan. Si tout ceci perdure, l’islamisme kurde violent ou non continuera d’attirer des jeunes kurdes déçus politiquement et déclassés socialement. Il faut alors savoir si ceci s’explique par une intégration réussie des partis islamistes de la première génération au sein de la société ou si c’est l’intégration des islamistes des deuxième et troisième générations dans le djihadisme international.

Aujourd’hui ceux qui courent le plus grand risque ne sont sans doute pas les pays européens mais le Kurdistan irakien. Les djihadistes se trouvent à quelques kilomètres de l’autonomie kurde, en son sein, ou sur le champ de bataille face à d’autres kurdes en Syrie. De plus la situation politique régionale entre les menaces d’indépendance de Barzani contre le pouvoir central irakien, les bombardements de l’armée turque contre les positions du PKK dans les montagnes irakiennes et la question du pétrole irakien, objet de discorde, risquent de s’aggraver et de favoriser la radicalisation au sein de la jeunesse kurde.

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