Le doux chemin menant à la violence

Les images du tout nouveau Service National Universel (SNU) laissèrent de marbre certains et en apeurèrent d'autres. Il provoqua même, parfois, le rire de ceux se sentant le moins concerné. Cependant ces images et surtout les pratiques qu'elles illustrent doivent nous interpeller. Quel est le véritable nom de ce SNU ainsi que sa portée pour notre société ?

Les soucis de communication (des membres du gouvernements et autres) découlent principalement d'une seule chose ; ne pas oser dire que ce nouveau programme est le rétablissement du service militaire avant l'heure. De simples enfants transformés en soldats en mousse au levé du soleil face à un drapeau tricolore se déployant. Tout ceci dans un silence solennel ou dans l'écoute d'un hymne national s'élevant des poumons des « volontaires » du Service National Universel. Le gouvernent et la majorité se gardèrent de dévoiler la moindre information entourant cet été 2019 et l'avènement de ce nouveau service civique. Nous sommes face au fait accompli, démuni de toute réponde politique et logistique. Ce service existe, c'est ainsi. La vitesse de l'évolution des moeurs et des politiques depuis l'élection d'Emmanuel Macron est plus qu'impressionnante.

Retour une année en arrière, retour à l'été 2018. D'autres hymnes étaient chantés et les drapeaux flottaient déjà non pas dans les internats du SNU mais dans toutes les rues et places des villes françaises. L'an dernier, l'Equipe de France de football devenait championne du monde pour la deuxième fois de l'histoire. C'était une grande répétition patriotique à la fois guerrière et symbolique. George Orwell pensait d'ailleurs qu' « au niveau international le sport est ouvertement un simulacre de guerre ». Bien sûr, cette victoire et l'esprit général qui en découla n'est que la parenthèse « enchantée » d'une époque bien plus grave. 

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Pour qu'il y ait répétition patriotique, il nous faut des acteurs motivés par des arguments. Les arguments ici sont les phénomènes qui influencent notre société depuis de nombreuses années. Ces phénomènes mènent peu à peu à la mainmise complète d'un Etat sur les activités individuelles. Le premier phénomène est l'insécurité ou du moins, le sentiment d'insécurité. Les différents attentats qui touchèrent la France au cours des années 2010 portent une large responsabilité dans ce sentiment. Cependant, le durcissement de la violence dans les différents mouvements sociaux donnèrent une légitimité de plus aux discours alarmistes et sécuritaires. Les différentes lois sécuritaires et celles criminalisant les grognes sociales finirent le travail. Là est le premier débouché : le confort de la majorité, dans le silence de l'urne, puis dans le bruit des lois et des bottes, l'emporte sur la liberté de l'individu.

Volontaires du tout nouveau Service National Universel (SNU). Volontaires du tout nouveau Service National Universel (SNU).

Dans des temps troubles, une société cherche un bouc-émissaire. En France, l'hystérie autour des questions religieuses, de la laïcité et de la religion musulmane encourage la construction de ce dit bouc-émissaire. Les individus sont pointés du doigt. Les polémiques déshumanisent l'individu qui permettent alors de justifier nos peurs et surtout les violences, qu'elles soient psychologiques, physiques ou morales. Les débats de plus en plus nombreux autour de la question du voile en sont la parfaite incarnation. L'islamophobie devient une norme légitime, s'éloignant de toute critique constructive légitime envers le fait religieux.

Les lois sécuritaires, la discrimination des minorités, la criminalisation des mouvements sociaux et la détérioration des conditions des travailleurs et des plus précaires (la chasse aux chômeurs, etc.) montrent la situation dangereuse vers laquelle se tourne la société. Une société qui, dans le dénis, vote en fonction de la situation et ceci, sans recul. Preuve en est, les discours politiques de la majorité et du gouvernement qui laissent penser à un régime se voulant moralement supérieur et politiquement inattaquable. Pour paraphraser La Haine, nous pouvons dire que : « c'est l'histoire d'une société qui tombe et qui au fur et à mesure de sa chute se répète sans cesse pour se rassurer, jusqu'ici tout va bien ».

Aujourd'hui, le SNU, est une des pierres de l'édifice d'un changement d'époque. Pour qu'une société se tourne vers l'autoritarisme, en plus des éléments précédemment cités, il lui faut une guerre. Sans guerre, il faut créer un esprit de guerre. C'est la tâche à laquelle se prête le Service National Universel. Les mots gouvernementaux ont beau affirmer qu'il n'en est rien, ce SNU relève du champ guerrier. Le seul terme de « volontaire » se suffit à lui-même. La communication entourant ce programme se charge du reste. Les uniformes, les chants et autres chorégraphies ne laissent aucun doute. Benjamin Constant disait que « tout est moral dans les individus mais tout est physique dans les masses » Dès qu'un individu se confond dans la masse, il arrête d'être libre. Ce service civique nouveau genre travaille à l'élaboration de cette masse. 

Le SNU est le visage d'une époque, le visage d'une société qui dérive. Aujourd'hui, les conséquences sont symboliques, mais ces conséquences seront bientôt bien réelles et politiques. La récente invitation de Marion Maréchal-Le Pen à l'université d'été du MEDEF (avant une volte-face) montre qu'une digue de plus venait de s'écrouler. L'Extrême-Droite s'engouffre dans un chemin inexorable vers le pouvoir, dés lors que le patronat la soutient. Mais même sans pouvoir institutionnel, ses idées ont déjà atteint les sommets. La violence se contente de suivre.

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