Combattre le pire n'est pas une promesse

Le mouvement des Gilets Jaunes et les violences qui découlent de celui-ci posent de nombreuses interrogations, notamment sociales et économiques. Cependant, tenter de trouver une explication à la Genèse de cette contestation nous pousse vers la question politique. Tout cette violence cache le pêché originel du macronisme : l'absence du choix pour le citoyen.

Demain aura lieu l'acte IV de la mobilisation des Gilets Jaunes. Les semaines que nous vivons sont la plus grande crise sociale (et la première) du quinquennat d'Emmanuel Macron. La réforme ferroviaire et la Loi Travail 2.0 n'eurent aucune véritable opposition, du moins, ces oppositions furent loin d'êtres appuyées par une majorité de la population. Le mouvement des Gilets Jaunes est celui de toutes les interrogations. Tout peut arriver et nous pouvons trouver n'importe quel profil parmi ces gens qui occupent ronds points et défilent sur les Champs-Elysées chaque samedi depuis bientôt un mois. Pour comprendre cette crise du pouvoir macroniste il faut faire un bond dans le passé et revenir au commencement de tout : l'élection présidentielle.

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En réalité, il faut remonter quelques mois avant le dénouement de Mai 2017. Au début de cette même année, durant la campagne présidentielle. La situation était claire pour bon nombre d'analystes et de médias : Marine Le Pen serait au second tour. Le tout, désormais, était de savoir qui l'accompagnerait. Le calcul était simpliste, voire risible, celui ou celle qui serait au second tour serait élu Président de la République car il ou elle aurait à affronter la présidente de l'ancien Front National (Aujourd'hui Rassemblement National). Et bien sûr la réserve de voix serait forcément favorable à l'adversaire de cette dernière. Par exemple, au moment de la victoire de François Fillon lors de la primaire des Républicains certains avancèrent sans broncher que nous tenions le futur président. Une affaire d'emploi fictif plus tard et était envoyé au second tour Emmanuel Macron, la comète politique des derniers mois.

Nous connaissons tous la suite des paroles de cette chanson. Là est le commencement de tout : le choix. Ce choix des électeurs venait de se dérober au cours de cette élection (et pas seulement pendant mais durant de longs mois qui précédèrent l'élection). L'élection présidentielle était joué d'avance, du moins pour celui ou celle qui se hisserait au second tour face à Marine Le Pen. Le choix n'avait pas existé au cours de cette élection. Les péripéties politiques décidèrent de bannir ce choix. L'électeur n'était pas maître de l'élection et donc du quinquennat futur, et ceci, dés le départ. 

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Cette attitude, ou même cette maxime du « éviter le pire » va se transformer en véritable rengaine dans l'exercice du pouvoir. Tout d'abord sur le plan économique. Il y a quelques mois le Président de la République utilisait l'expression suivante : « gaulois réfractaires au changement ». Il avait tenu ces propos lors d'une visite au Danemark, opposant ainsi Danois et Français. Même s'il déclara avoir commis une erreur avec cette ces mots, la plaisanterie était parlante. La politique économique du quinquennat se présente comme la seule possible. Les demandes et autres directions ne pourraient êtres viables économiquement. Le discours économique gouvernemental tente de faire passer que la logique défendue par le pouvoir est la seule alternative crédible pour l'emploi et la compétitivité des entreprises françaises. Ceci est notamment expliqué dans le papier de Romain Godin.  Le choix d'un autre modèle économique nous était interdit.

Sur le terrain politique, la cohérence est de mise avec les discours économiques. Lors des premiers sondages des européennes, le discours du Printemps 2017 faisait peau neuve pour l'Automne 2018. Le risque de voir le Rassemblement National au coude à coude avec le parti présidentiel LAREM faisait naître une nouvelle opposition dans le discours. L'élection devait opposer « progressistes » et « conservateurs ». Une nouvelle fois, le président à travers les élections européennes devrait être le meilleur rempart pour éviter de voir le RN en premier parti de France. Dix-huit mois se sont écoulés depuis l'élection présidentielle qui porta Emmanuel Macron à l'Elysée et pourtant, le discours reste le même. Le choix n'existe pas tant au plan économique que politique. Cet état de fait psychologique dans l'absence d'issue fut accentuée par la communication. En effet à chaque mécontentement, on usait allègrement du terme de « pédagogie ». Ainsi en plus de voir son rôle d'électeur disparaître, nous voyons notre rôle de citoyen disparaître par cette infantilisation. Avec l'arrogance présidentielle incarnée par le désormais célèbre « qu'ils viennent me chercher », le tableau était complet.

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Le cadre social se fracturant, le mouvement des Gilets Jaunes fut aussi soudain, que puissant et violent pour l'exécutif et le gouvernement. Depuis quelques années les discours et politiques du pire face à la montée des extrêmes abîmèrent l'idée de la démocratie représentative. Le choix disparu, certains, dos au mur, n'avaient justement plus le choix. La hausse des taxes sur le prix du carburant ne fut que l'étincelle. Le choix de la démocratie c'est le choix du meilleur, du meilleur pour une société et par extension, le choix de la justice sociale. Perdre le choix c'est perdre la voix. Ainsi, bien que l'objectif n'est pas de comparer les contextes et les époques il est bon de rappeler ce que disait Martin Luther King pour mieux mettre en perspective le rapport entre choix et violence : « L'émeute est le langage de celui qui n'est pas entendu ».

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