Rajoy part, l'Espagne reste la même

Après avoir été renversé, Mariano Rajoy annonce qu'il renonce à la direction du Partido Popular (PP). Il ne sera donc pas le leader de l'opposition en Espagne. Dans les faits, l'événement est politiquement majeur, l'homme fut pendant sept années à la tête du pays. Mais dans l'esprit, l'Espagne de Rajoy ne meurt sans doute pas avec la retraite politique de sa figure

C'est la fin d'une carrière politique qui avait débuté en 1981 (année de son premier mandat politique) pour Mariano Rajoy. Le « Punto final » selon les mots d'un article de Libération. En 2011, le galicien devient le chef du gouvernement espagnol. Son ascension est fulgurante tout d'abord, puis « permanente », puisque le natif de Saint-Jacques-de-Compostelle (Santiago de Compostela en Espagne) obtient différents carnets ministériels dès le début des années 2000. Le gouvernement Rajoy des années 2010 est sans conteste le plus marquant et le plus mouvementé depuis 1975 et le retour à la démocratie en Espagne.


Rajoy aura vécu l'abdication du roi Juan Carlos Ier et l'avénement de son fils Felipe VI, les répercussions de la crise économique de 2008 (l'une des plus violentes du continent avec un taux de chômage chez les jeunes avoisinant les 30%), l'éclatement du bipartisme avec les naissances de Podemos et de Ciudadanos, le séparatisme catalan et enfin la disparition de l'ETA (Euskadi ta Askatasuna). Mais surtout les scandales de corruption du PP mettant en scène le sport national espagnol qu'est le pantouflage. Au final c'est cette dernière face de la pièce qui eut raison de lui. Une sorte d'épée de Damoclès « en mousse » au vu des autres problématiques auxquelles il a survécu.

Pedro Sanchez et Mariano Sanchez, le 1er Juin 2018 à Madrid Pedro Sanchez et Mariano Sanchez, le 1er Juin 2018 à Madrid

Ce sont justement tous ces événements et phénomènes, qui, en grande partie avait permis à Rajoy de garder le pouvoir. Le noyau dur des électeurs du PP se montra fidèle. Ces électeurs firent cause commune autour de leur leader face à des préoccupations plus grandes que les polémiques entourant les soupçons de corruption. Des préoccupations générés par les différents thèmes cités précédemment dans mon propos. Aux prochaines élections, le Partido Popular pourra encore compter sur la fidélité électorale sans faille de ses troupes. En effet le socialiste Pedro Sanchez, nouveau chef du gouvernement, ne dispose que d'une force parlementaire mineure qui ne dépasse pas les 90 députés. Sa motion de censure fut adoptée grâce au regroupement de partis complètement différents, souhaitant la défaite de Rajoy mais pour servir des objectifs qui s'opposent entre eux et ceci, sur tous les points.

Les indépendantistes catalans de l'ERC (Gauche Républicaine de Catalogne) présents aux Cortes souhaitaient obtenir contre Rajoy une victoire symbolique plus que politique, les nationalistes basques du PNV (Parti Nationaliste Basque) ne pouvaient risquer de voir une partie de leurs électeurs être tentée par la voie indépendantiste. Une possibilité à ne pas négliger, surtout si le parti n'adoptait aucune réaction face au gouvernement (en vie grâce à leur soutien au parlement) après les événements survenus en Catalogne ces derniers mois. les partis de Gauche que sont le PSOE de Sanchez et Podemos de Pablo Iglesias se montrent très prudent sur la question catalane. Le premier, par la voix du nouveau chef du gouvernement veut se montrer ouvert au dialogue (de sourds), mais ne fera aucune concession sur la Constitution de 1978, celle qui établissait les communautés autonomes. Le second se montre très timide sur la question appelant parfois à la tenue d'un référendum, mais sans plus de détails clairs sur sa position.


La maxime « l'ennemi de mon ennemi est mon ami » ne se vérifie aussi bien qu'en politique. Il est fort probable que les résultats électoraux d'élections anticipées (qui ne sauraient tarder) donneront encore une fois une majorité relative au PP. Dans six mois, dans un an et même sans doute dans plusieurs années, l'Espagne qui est née sous Rajoy continuera de vivre. Les joueurs changent mais le jeu reste le même. Les règles, de leur côté, risquent de se compliquer.

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