Et le Jaune révéla le véritable populisme

Le jaune, nombreux sont les femmes et hommes politiques qui aimeraient le revêtir sans pour autant se trahir. Là est le véritable danger pour eux, profiter d'une aubaine électorale mais qui pourrait remettre en cause leur statut et leurs idées profondes de classe. Le politique adopte une attitude populiste tout en combattant le populisme.

Une petite musique arrive de nouveaux dans nos chaumières, cette petite musique est celle du rapprochement idéologique supposé entre la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon et le Rassemblement National de Marine Le Pen. Les éditorialistes des médias traditionnels et autres penseurs de la bienséance républicaine et de l'ordre nous mettent en garde contre les « populismes » de tout poil, mais particulièrement ceux venant de l'extrémité du schéma politique français. Mais quel est le véritable nom et sens du populisme gravitant autour du mouvement des Gilets Jaunes ?

  • Pour le peuple, mais contre le peuple

Jean de La Fontaine écrivait « tel est pris qui croyait prendre » dans sa fable Le rat et l'huître. Des siècle plus tard Laurent Wauquiez répondait tout simplement et sans aucune peur ou tremblement dans la voix : « Je n’ai jamais enfilé de gilet jaune » dans une autre fable qu'est le plateau de Télé Matin sur France 2. Pourtant celui qui est à la fois président de Les républicains et président du Conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes a effectivement porté un gilet jaune. C'était le 24 Novembre dernier au Puy-En-Velay. Un rassemblement de gilets jaunes auquel participa le cher Wauquiez, devant la préfecture. Une préfecture qui brûlera une semaine plus tard, un incendie provoqué par une foule de gilets jaunes en colère. Quatre jours plus tard, le vrai faux ancien gilet jaune qu'il était se retrouvait bien embêté face à un mouvement qui le tourna en ridicule dans son propre fief. Mais bien sûr il ne fallait pas tout perdre, l'homme, populiste, devait repoussé le gilet jaune qu'il porta. Ce gilet portait la marque de l'insurrection, du chaos. Cependant, il n'oublia pas de jouer le rôle d'équilibriste, il déclara après avoir nié qu'il avait porté ce gilet : « J’ai apporté mon soutien et je ne renie rien de ça ».

Là est toute la difficulté pour ces nouveaux populistes, tenter de détourner la colère du peuple à son propre avantage, tout en veillant à ce que celle-ci ne détruise ou remette en question le système qui justement sert les intérêts de ces populistes. Sans système, Laurent Wauquiez ne pourrait plus le combattre. Sans système, sa raison d'être politique sur laquelle il tente de capitaliser disparaîtrait tout autant. 

  • Un nouveau populisme, au XXIème siècle

Contrôler la violence populaire est primordial pour le politique. Lors de la chute de Robespierre, les Thermidoriens voulaient arrêter la violence de la foule et en finir au plus vite avec la Révolution Française. Déjà ceux-ci étaient les « modérés » et pour la plupart, députés du Marais. Quatre ans plus tôt, Mirabeau appelait les députés à se constituer en Assemblée du peuple français. A partir de ce moment, le peuple devenait le principe du pouvoir politique. Deux cents ans plus tard, le politique met en scène la violence et la mobilisation du peuple, mais de manière pitoyable et sans véritable objectif politique que celui de récupérer une colère pour mieux la transformer en encore plus de pouvoir. 

Eric Ciotti, député LR des Alpes-Maritimes en donna un exemple des plus magnifiques. Le 17 Novembre dernier il alla bloquer un centre d'impôts avec des gilets jaunes de son département. Ce centre d'impôts en ce samedi de Novembre était... Fermé. Le député venait d'inventer le blocage bloqué, une prouesse des plus notables.

Mirabeau disait : « Ne voyez-vous pas que le nom de représentant du peuple vous est nécessaire, parce qu’il vous attache le peuple, cette masse imposante, sans laquelle vous ne seriez que des individus, de faibles roseaux que l’on briserait un à un ? ne voyez- vous pas qu’il vous faut le nom de peuple, parce qu’il donne à connaître au peuple que nous avons lié notre sort au sien; ce qui lui apprendra à reposer sur nous toutes ses pensées, toutes ses espérances » (Discours du 13 Juin 1789). Le politique d'aujourd'hui doit continuer de faire croire à ce lien entre son sort et celui du peuple. Cependant, il doit veiller à contrôler la violence, ce qui tourne parfois au ridicule le plus complet.

  • L'idéologie et la classe

Alors que certains Insoumis seraient prêts à tout pour faire croire en ce lien en soutenant par tous les moyens le RIC (Alexis Corbières acceptant de revoter le Mariage Pour Tous, tout ceci dans les pages de Valeurs Actuelles...) Marine Le Pen se fait discrète et ne s'est plus exprimée depuis plusieurs jours, hormis via les réseaux sociaux. Pourquoi un tel mutisme ? La réponse est simple : le double jeu adopté par le politique entre l'utilisation du peuple et le combat contre les droits politiques et sociaux de celui-ci ne se voit autant que chez la leader du Rassemblement National. Elle qui s'est toujours exprimée contre une augmentation du SMIC et qui ne pourrait se permettre de choisir un camp dans les affrontements qui opposent les forces de l'ordre et les gilets jaunes. Il en va de son idéologie, de la survie de sa raison de vivre politique et bien sûr, de sa classe.

Le populiste n'est pas celui qui, manquant de recul et de raison, irait toujours dans le sens de la volonté populaire coûte que coûte, c'est celui qui utilise le peuple, contre le peuple.

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