Destruction du présent

Les déboires de Nathalie Loiseau, ainsi que par extension, ceux de la liste « Renaissance », démontrent une maladresse chronique ainsi qu'une évolution plus globale. Cette campagne, en effet, possède un point positif, celui de nous montrer le parachèvement de la corruption des symboles du passé. Le présent souffre de ce contexte et laisse présager la disparition des perspectives d'avenir.

Après les révélations de Médiapart, la tête de liste de la liste « Renaissance » (liste représentant la majorité macroniste), Nathalie Loiseau tenta tant bien que mal de se présenter en rempart contre la montée de l'Extrême-Droite en France. Intention louable de face mais piètre interprétation côté pile. Cette dernière ne trouva rien de mieux que d'utiliser le mot Blitzkrieg pour qualifier sa campagne. Il est inutile de rappeler l'origine de ce terme. Cependant, l'utilisation ce dernier répond à deux phénomènes : la confusion des symboles et la germanophilie aveuglée.

En effet, utiliser un tel terme relève non pas seulement d'une maladresse ou de références douteuses. Cette utilisation est le simple reflet d'une société qui perd la signification des choses. Et donc les femmes et hommes politiques se font leur des confusions idéologiques et historiques qui se diffusent. Ensuite, l'obsession d'une partie de la classe politique pour le modèle allemand, qui serait le garant d'une Europe stable et forte, pousse à une vision fantasmé de la rigueur allemande. Ces deux phénomènes conjugués donne un marasme politique et une campagne risible à plus d'un point. Enfin, cela renforce la matrice de ce qu'est le macronisme : l'absence de choix. Une absence qui pousse à la perte l'électeur et le citoyen qui sont condamnés à un choix entre Rassemblement National (populiste) et La République En marche (progressiste). Qui est populiste ? Qui est progressiste ? Puisque chacun s'incarne dans l'autre, le choix se meurt, les barrières idéologiques s'écroulent et le présent se disloque.

Nathalie Loiseau lors de son premier meeting de campagne Nathalie Loiseau lors de son premier meeting de campagne

Les deux entités veillent à remplir un objectif commun : dénaturer le passé afin de le réutiliser et corrompre la vision du présent. Les références douteuses et le passé plus qu'obscure de la tête de liste LREM ne sont pas les seuls motifs qui indiquent un tel but. Tout d'abord le choix du nom de ladite liste « progressiste ». La Renaissance dans l'imaginaire est, comme son nom l'indique, une période qui mettait fin à mille années d'un Moyen-Âge tantôt obscur, tantôt violent. Quoi de mieux pour une liste censée être la réincarnation de la renaissance du projet européen ?

C'est en tout cas ce qu'a tenté de montrer le valeureux Christophe Grulder, candidat sur la liste Renaissance. Dans une vidéo de campagne, celui-ci oppose les fameux « temps sombres » du Moyen-Âge aux progrès de la Renaissance. La comparaison entre nos époques et ce Moyen-Âge continue afin de servir la vision du candidat. Il explique que la fameuse peur de l'an mil poussa les populations à se réfugier à l'intérieur des châteaux forts (référence très subtil aux nationalismes européens d'aujourd'hui). Mais cette vision est hélas, fausse. Les « terreurs de l'an mil » ne sont que légendes et mythes entourant une période injustement décriée. Rappelons que la Renaissance voit l'avènement (entres autres) des Guerres de religions et des Guerres d'Italie. L'homme voulait incarner la bonne parole de Louis XI par ses mots faussement intelligents, il se révèle ne même pas être Charles le Téméraire. Ces non-sens historiques, peut-être volontaires, résument aux mieux l'esprit de cette liste Renaissance ; tenter de falsifier le passé afin de réinventer le présent. Comment sagement aborder le projet européen si le présent perd de son sens ? Comment croire en ce futur européen ? 

En dehors de la campagne européenne, le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, s'est rendu coupable de nombreuses saillies torturant les faits et corrompant la vérité. Le 8 Mai, il évoqua par exemple « les policiers qui ont pris le maquis » durant la Seconde Guerre mondiale. Très prompt à défendre la Police française dans le contexte social actuel (Gilets jaunes, etc.), le « premier flic de France » tombait dans une démagogie dont seule l'Extrême-Droite avait le secret. Une démagogie faisant fi de la collaboration dans le passé, dans le seul but de servir un discours politique dans le présent.

Le macronisme a le malheur de ce qui semble faire son bonheur, une bulle parallèle dont l'éclatement ne sera que plus dur. L'année indique 2019, cependant nous pourrions aisément nous croire dans le 1984 de George Orwell. L'électeur est tel Winston s'interrogeant sur la véracité du présent face à la destruction du passé qu'il constate chaque jour. Le récent refus de La Voix du Nord de publier une interview du président de la République relève du même acabit qu'est cette surveillance des apparences et des faits. Le Macronisme, au travers de cette liste électorale voulait être le gouvernail de l'Europe. Il n'en est que la barque dérivant à l'horizon, tel un vieux décor chancelant.

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