Le Prince face à la révolte

Le Président de la République a pour la première fois réagit à l’affaire Benalla, en s’adressant notamment, ainsi à ses détracteurs : « qu’ils viennent me chercher ». Cette bravade, venant d’un homme occupant une fonction disposant de l'immunité de juridiction, laisse paraître un enfant narguant son camarade dans la cour de l’école mais aussi, un « déni de réalité ».

Selon la secrétaire d'Etat, Marlène Schiappa, l'affaire Benalla est un « sujet qui n’intéresse pas les français ». Une affirmation qui tient selon elle à ce qui se dit dans la rue ou sur les marchés à travers la France. Un tel discours est inquiétant sur deux points : le déni et la distance. Emmanuel Macron alla plus loin en pointant une presse qui selon lui, ne « cherche pas la vérité ».

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Cette attaque envers la liberté de la presse est marquante car elle utilise un mot particulier, la vérité. Qu'est-ce que le réel ? Et surtout comment se construit cette réalité lorsque l'on occupe une telle place dans la société, une place dans le pouvoir. Le pouvoir instaure fatalement une distance sociale entre la base du peuple et les élites ou la personne se trouvant à la tête du Régime. Par la suite les errements du pouvoir impliquent la mauvaise foi de celui-ci lorsque le temps des questionnements arrive. Un temps qui implique une remise en cause du pouvoir et de sa raison d'être ou du moins, la remise en cause du pouvoir d'une personne ou d'un poste (Pour ce qui est d'Emmanuel Macron, un autre de mes billets traitre plus précisément de la situation).

Le 24 Janvier 1789 les Etats Généraux furent convoqués par le roi Louis XVI. Ceux-ci s'ouvrirent le 5 Mai de la même année, à Versailles. La situation financière de la France est désastreuse. La guerre d'indépendance américaine dans laquelle s'était engagée la France ainsi que d'autres problèmes comme la crise agricoles et rurale de la fin de ce siècle eurent raison des finances de l'Etat. Les discours inauguraux de Necker (principal ministre d'Etat de Louis XVI) et du roi sont décevants.

Les réformes attendues ne sont pas évoquées. Les représentants du Tiers état sentent que les choses sont partis pour ne pas changer. Le gouvernement semble impuissant face à la situation et le roi, lui, semble égaré. Au tout départ, aucun député n'est révolutionnaire. Les frustrations et les événements poussent certains à adopter une attitude révolutionnaire. Une attitude qui passa par la suite aux actes.

Le 20 Juin 1789 a lieu le célèbre Serment du Jeu de paume. Lors de ces événements, les députés du Tiers Etat ainsi que certains du Clergé jurent de ne pas se séparer tant que la France ne disposera pas d'une Constitution. Des hommes qui, un mois plutôt, ne voulaient que de simples réformes veulent désormais changer la face du Régime. Cette déclaration fait suite à la menace du roi de faire évacuer la salle ou se réunissaient cette nouvelle Assemblée Nationale. Le roi, ne prenait pas conscience de l'ampleur du phénomène. La force et la menace semblait pour lui des réponses proportionnées. Un réflexion sûrement dû à la distance que j'évoquais précédemment. 

Emmanuel Macron de son côté semble adopter une pareille attitude vis-à-vis des députés français. La croyance qui l'anime selon laquelle cette affaire n'en est pas une se mélange au déni. Aujourd'hui se sont les représentants du peuple qui s'agacent. Le 14 Juillet 1789, l'insurrection passa des bancs de l'Assemblée aux trottoirs des rues.

Le 14 Juillet, Louis XVI, réveillé en pleine nuit, apprend que la Bastille vient d'être prise. Le premier mot qui lui vient à l'esprit est celui de la révolte, même dans ce moment inédit de son règne. Le duc de la Rochefoucauld-Liancourt lui répondit : « Non, Sire, c’est une révolution ! ». 

Nous sommes en 2018, la Bastille est calme à cette heure. L'époque est différente mais les attitudes sont semblables. Le Roi dans une Monarchie de droit divin devait répondre de ses actes devant Dieu et ensuite devant le peuple. Dans une République monarchique comme la nôtre, le monarque présidentiel ne répond plus seulement qu'aux institutions qui représentent le peuple. 

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Néanmoins, la loi le protège toujours de la vindicte populaire ou judiciaire. La majorité LREM lui donne aussi une immunité politique. La Monarchie constitutionnelle française (4 Septembre 1790 - 21 Septembre 1791) était morte sous les sabots des chevaux qui menèrent la famille royale à Varennes (21 Juin 1791). Celle-ci tentait de fuir la France. L'affaire Benalla n'est pas la Fuite de Varennes, elle est peut-être la première roue du carrosse qui mène dans la fuite en avant. En tout cas, l'image du Prince est écornée et certains attendent la Prise des Tuileries...  de l'Elysée.

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