Presque bons et déloyaux services

C'est fait. Depuis hier soir, Manuel Valls est candidat à la mairie de Barcelone. Son twitter l'indique expressément. Il devrait aussi dans les jours qui viennent renoncer à ses mandats nationaux. L'homme politique est passé maître dans l'art du dévoiement politique. Mais bien souvent, ces choix ne furent d'aucune aide pour atteindre le succès.

Manuel Valls, ancien Premier Ministre et actuel député d'Evry est né à Barcelone il y a maintenant cinquante-six ans. Cependant il a grandi et s'est formé politiquement en France, pays dont il a obtenu la nationalité à l'âge de vingt ans. Le choix de se lancer politiquement dans son pays d'origine peut sembler toutefois logique. Moins, si l'on s'intéresse à la Genèse politique de ce choix.

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Le Mardi 18 Avril 2017, Manuel Valls appelle à voter Emmanuel Macron dés le premier tour de l'élection présidentielle française dans une lettre publique. Quelques semaines plus tôt (Le 29 Mars) il trahissait déjà la promesse faite lors des élections primaires du Parti Socialiste. En effet, après être arrivé second il se détournait de sa parole, refusant de se ranger derrière le candidat désigné du parti, Benoît Hamon. La loyauté en politique est souvent un mot dénué de tout sens, plus encore chez le nouveau candidat.

Celui qui fut Premier Ministre devait justement ce poste grâce aux intrigues qu'il mena afin de ravir cette place à son prédécesseur, Jean-Marc Ayrault. Tout ceci montre que dans le rôle de vassal, le personnage se montre presque aussi bon que les personnages fictifs de la série télévisée Game Of Thrones. Point de meurtres sanglants, mais les trahisons en tout genre font presque oublier qu'il se montra aussi mauvais seigneur. Son bilan à Matignon est plus que négatif. Il masqua ses incapacités politiques par des discours identitaires concernant la République Française et ses valeurs telles la laïcité ou le combat contre les extrémismes de droite comme de gauche.

Manuel Valls, le 25 Septembre 2018 Manuel Valls, le 25 Septembre 2018

Des thèmes qu'il continua de choyer lorsqu'il devint un simple faire-valoir de son ancien ministre de l'économie (Emmanuel Macron), devenue Président de la République. Par son discours, encore une fois, il essayait tant bien que mal d'exister sur la scène nationale. Lui qui était passé de chef du gouvernement à simple député d'Evry (Ne pas y voir un quelconque mépris pour cette ville ou cette fonction). Manuel Valls se montra loyal que dans l'exercice pratique. Sa vassalité n'était pas clairement assumée, celui-ci n'étant qu'un député « apparenté » à LREM (La République En Marche). Il dérangeait plus qu'il n'aidait sa nouvelle famille politique, celle qui soit dit en passant aurait du toujours être la sienne. Une lueur commença alors à éclaircir son chemin, la Catalogne.

La Communauté Autonome tenta en Octobre 2017 de faire sécession et de prendre son indépendance. C'est seulement et à partir de ce moment que Manuel Valls débuta ses nombreux aller-retours entre la Catalogne et la France, comme nous le précise cet article de la rédaction de Médiapart. Jusque-là, seule l'équipe de football du Barça semblait accaparer son esprit. Comme lors de la finale 2015 de la Ligue des Champions opposant la Juventus de Turin et le F.C. Barcelone à Berlin. Il se rendit dans la capitale allemande pour assister au match, une petite virée qui fut rendue public... L'équipe catalane fut gagnante ce soir-là, sans doute la seule fois ou la cause que supportait Manuel Valls l'emporta véritablement.

Pour mener à bien son projet catalan, il se rapprocha tout d'abord de Ciudadanos, un équivalent La République En Marche bien plus droitier. Un parti mettant le projet européen et l'union de l'Espagne au centre de son discours depuis plusieurs mois et années. Inés Arrimadas, leader catalane de cette formation politique pense trouver en Manuel Valls le champion idéal permettant de remporter une victoire politique détonnante face au camp de l'indépendantisme et par extension celui de la Gauche (La mairie de Barcelone est dirigée par Ada Colau, élue dans une liste citoyenne avec le soutien de Podemos). Cependant, la loyauté du nouveau candidat n'est pas la seule chose à être questionnée. La qualité de ses services semble tout autant caduque. En plus du parti d'Albert Rivera (Président de Ciudadanos) il est prêt à fréquenter des nationalistes composant la Societat Civil Catalana (Association culturelle catalane unioniste), lui, qui pourtant, dit combattre le nationalisme catalan et français.

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Dans toute sa carrière politique, l'ancien Premier Ministre français fut de tous les combats perdus. Tout d'abord, il est sans doute celui qui fragilisa le plus la Gauche en France. Une attitude qui enterra un peu plus son Président (François Hollande) qui n'avait pas besoin de cela. Par la suite, il fut incapable de se rendre service à lui-même, en perdant la bataille de l'image face à Emmanuel Macron, l'aidant à passer pour un meilleur candidat que lui. En s'exilant en Catalogne, il rend service à cette majorité qui avouait à demi-voix qu'il était un poids, au Président de la République qui se débarrasse d'un rival bruyant sur la question de la laïcité et enfin, à la Gauche Française qui doit y voir une opportunité de se reconstruire sans les nuisances médiatiques et politiques du député évryen.

Au vu de ce parcours cabossé, les unionistes (Arrimadas, Rivera, la société civile, etc.) doivent se demander s'ils ne se tirent pas une balle dans le pied. Quelque soit le drapeau qu'il tenta de servir, que ce soit la laïcité, la gauche ou encore l'Europe, Valls se montra bien maladroit pour ne pas dire mauvais au cours de son service. Et surtout, comme un drapeau, le nouveau candidat suit le sens du vent, adaptant sa loyauté politique et humaine.

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