1er mai. Pacte à gauche.

Se laisser marcher dessus, ou nous écraser entre nous. On ne peut plus. Diversité des tactiques. Accords stratégiques. Pacte électoral et soutiens aux luttes. Pour un premier mai de la réflexion. – Perspective des Communs.

Mai 1886. Massacre de Haymarket Square à Chicago. La police charge, et blesse les ouvriers venus réclamer la décence sociale : la journée de huit heures.

Mai 1936. Des grèves spontanées fleurissent dans les industries. Les camarades demandent les 40 heures hebdomadaires et des hausses de salaire. Le Front Populaire remporte les législatives, entre en fonction, et attaque d’emblée la bourgeoisie industrielle en suivant les aspirations du peuple des travaileur-euses.

Avril et mai 2021. Des anciens généraux annoncent qu’ils prévoient un Coup d’État, le Front National néo-franquiste caresse cette initiative, le Gouvernement se tait et continue sa pente vers un libéralisme fascisant. Surtout, la Gauche se dévore entre les libéraux égocentrés, les traîtres d’hier, et les obstiné-es du rassemblement.

Le premier mai qui s’annonce sera sûrement habituel, malgré les urgences. Le Parti Socialiste aura-t-il encore l’audace de s’en réclamer après les privatisations sous Michel Jospin, et la Loi Travail ? Madame Hidalgo s’enorgueillira-t-elle d’agir pour « l’égalité des chances » dans sa ville ? A EE-LV oseront-t-ils /elles enfin s’adresser au peuple locataire, bas, pauvre et exclu qui consomme malgré lui les poisons de l’industrie capitaliste, et qui ne peut s’en débarrasser ? Et La France Insoumise, nommera-t-elle le fléau social qui ne peut être réduit au simple adjectif d’« ultrariches » ?

Pourtant, nous avons tous et toutes à gagner d’un certain pacte entre nos différentes formations. Certes, nous avons des choses à perdre – avec une vigie du centre, comment proposer un programme radical et viable sur le plan économique et social ? Je crois qu’au sein de nos partis de gauche (hors-centre – PS, Place Publique, Nouveaux Démocrates et l’aile libérale d’EE-LV) nous savons qu’il n’y aurait rien de mieux pour nous saboter que de nous rallier unilatéralement et complètement derrière un Yannick Jadot favorable à un capitalisme supranational (« européen ») ou une Anne Hidalgo sociale-libérale, surfant sur la pente anti-musulmane lorsqu’il s’agit de taper sur ses « allié-es » Vert-es du Conseil de Paris.

Je crois qu’au sein de nos partis de gauche (hors-centre[…]) nous savons qu’il n’y aurait rien de mieux pour nous saboter que de nous rallier complètement derrière un Yannick Jadot favorable à un capitalisme supranational (« européen ») ou une Anne Hidalgo sociale-libérale […]

Comment fait-on lorsque les ambitions personnelles à la présidence prennent le pas sur un « projet commun » ? La cohérence voudrait que ceux et celles qui ont exprimé leur opposition à la VE République et à sa structure qui offre de trop grands pouvoirs au Président (et non à « la »), ne se posent pas eux/elles-mêmes comme le remède suprême à cette déchéance monarchiste de notre modèle de gouvernement, en répétant le schéma de la personnalité providentielle.

Certain-es l’ont déjà cerné, l’impossibilité de l’Union des gauches. Au mieux, elle aurait été viable avec une forte inclinaison vers LFI (voire le NPA qui a d’ailleurs été exclu de ces discussions) et l’aile radicale des Vert-es (Sandrine Rousseau, Eric Piolle), au pire, elle aurait donné à un marasme social-libéral avec en tête le PS, quelques indépendant-es environnementalistes et les libéraux-ales d’EE-LV, où le « sociétal » aurait mangé la place du socio-économique (au feu les augmentations de salaire, l’abaissement du Temps de Travail et la taxation des riches). Alors, imaginons un autre modèle*.

A l’Union, on pourrait substituer un Pacte, où des alliances sont possibles en son sein. Sorte de superstructure électorale, elle pourrait être régie selon des règles fondamentales qui vaudrait l’exclusion si une quelconque formation ne les respectaient pas. Surtout, cette forme de rassemblement permettrait de conserver l’identité spécifique de chaque organisation, et leurs discours.

Le Pacte pourrait s’articuler entre les règles (non-exhaustives) suivantes :

  • Le Pacte des Gauches est une fédération rassemblant les organisations, les militant-es, sympathisant-es, et associations se réclamant des luttes sociales et écologistes, du Commun, et d’un désir de renouveler la structure de notre modèle de Gouvernement.

  • Le Pacte des Gauches vise à transformer la société pour en faire une société des Communs, où les valeurs de Justice, d’Égalité et de Dignité seraient la base du « contrat social et écologique ».

  • Le Pacte des Gauches combat toutes les oppressions systémiques et les relents fascisants que connaît notre société.

  • Pour cela, le Pacte des Gauches vise à mettre un terme à la VE République, qui, d’essence monarchique, ne peut mener au bien-être du peuple et à l’exercice intégral du principe démocratique.

  • Le Pacte des Gauches est un espace d’alliances et de cohésions entre ses membres. Les organisations-membres peuvent s’allier selon leurs règles internes respectives, afin d’incliner l’orientation du Pacte. Cependant, la disqualification des autres organisations ou bien le refus de solidarité avec l’une d’entre elle au sein du Pacte n’est pas admise.

  • Le Pacte des Gauches a pour vocation à court-terme de gouverner le pays, et de faire entendre la voix de ce dernier au sein des institutions européennes et internationales. Pour cela, il doit convenir d’un-e candidat-e afin de participer à l’élection présidentielle de 2022. Au sein du Pacte, les organisations peuvent proposer des alliances en vue des élections législatives.

  • Le choix du/de la candidat-e en lice pour la présidentielle de 2022 respecte les aspirations du Pacte : résurgence démocratique, modalités de vote fidèles (par jugement majoritaire ou au vote à la proportionnelle intégrale)

  • Afin de pas tomber dans le « présidentialisme » ou le « monarchisme présidentiel », le ou la candidat-e à la primaire du Pacte devra présenter le gouvernement (au moins les membres des fonctions régaliennes) qu’il/elle souhaite constituer à son élection. Ainsi, c’est un collège et un programme qui seront élus, et non une unique personnalité.

  • Un remaniement du futur gouvernement peut avoir lieu après élection du/de la candidat-e à la primaire, si une ou des autres listes ont eu un résultat proche que la liste arrivée en tête. Le remaniement doit alors refaire l’objet d’un vote au sein du Pacte, avec l’aval du vote des membres des organisations concernées.

  • Si une organisation-membre propose un-e autre candidat-e indépendamment du choix collectif précédemment établi, celle-ci est exclue du Pacte.

  • Aux élections législatives, les différentes forces membres peuvent concourir à un siège de député-e, tout en respectant le principe de solidarité républicaine : si un-e candidat-e libéral-e, de droite ou d’extrême-droite est en passe d’être élu-e, les candidat-es de gauche doivent se rallier derrière le/ la candidat-e de gauche majoritaire. A ce titre, l’appartenance au Pacte doit être explicitement connue de l’électorat.

  • Les élections législatives serviront de boussole à l’orientation du Gouvernement. Une scission parlementaire entraînera la démission des ministres de la formation à l’origine de la scission.

Aucune de ces règles ne représente une quelconque vérité inébranlable pour que la Gauche gagne en 2022. Elles ne sont que des pistes – et encore, dans une visée purement électoraliste. Enfin, nous connaissons les alliances potentielles entre les différent-es candidat-es officiel-les, et non-déclaré-es. Ne serait-il pas venu le temps d’arrêter de s’entre-déchirer, et de se porter ensemble vers la victoire, selon des règles et un modèle préétablis ? Au moins, la discussion est posée. Et l’imagination dont on peut faire preuve en réclamant la victoire de la Gauche aux prochaines élections montre que les militant-es ne manquent aucunement de perspective – contrairement aux « têtes » des partis qui semblent de ne se limiter qu’aux espoirs de leur équipe de campagne.

Lucas-Arthur Peltier-Séné.


*Évidemment, je n’aurais pas la prétention de me réclamer en être l’inventeur

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