Lorsque inégalités et violences, s’immiscent dans le confinement.

Alors que le COVID-19 continue de prendre de l’ampleur en Europe et dans le reste du monde, la gestion sanitaire est placée au premier plan par le gouvernement, quitte à ralentir son activité Parlementaire et à rogner le mot d’ordre de ce quinquennat : La réduction des violences et des inégalités.

Ce papier n’est, en aucun cas un engagement politique ni une attaque envers le gouvernement. Il n’est non plus écrit pour juger de la gestion sanitaire de l’Etat liée au COVID-19. Je traiterai dans celui-ci seulement le sujet nommé dans le titre. 

 

Marche arrière sur le progrès.

 

Malheureusement, la pandémie, a, et continue d’effacer totalement la prise de conscience fondamentale qui était entrain d’avoir lieu au sujet des inégalités et des violences faites aux femmes. Après une explosion d’articles et de reportages, la plupart des médias ont totalement rayé de leur ligne éditoriale ce sujet, malgré son urgence.

Les cinq dernières années ont marqué le début d’une volonté de changement, motivé tout d’abord par « l’effet Weinstein » à la suite des accusations de dizaines de femmes envers le producteur américain. Une affaire ayant eu un retentissement mondial, favorisant le débat sociétal et libérant  la parole sur son passage. Nous avons malheureusement dû attendre que 149 femmes en France décèdent sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint (d’après le collectif « Féminicides par compagnons ou ex » en 2019) et qu’un « engouement » se forme autour du sujet pour que les responsables politiques   internationaux accordent aux inégalités et violences faites envers les femmes une place majeure dans leurs agendas politiques. 

 

En France : Le confinement, tapis rouge pour les inégalités et les violences.  

 

Bien que le confinement partiel décidé par Emmanuel Macron, ses ministres et son « Conseil Scientifique » soit évident d’un point de vu sanitaire, celui-ci délaisse une partie des françaises, qui, en tant normal est fort peu représentée. C’est donc dans cette période d’isolement que les inégalités et les violences se renforcent au sein même des foyers.

Déjà, il faut noter que les femmes sont massivement représentées dans le corps médical et soignant ce qui les place au coeur de la crise. Celles-ci représentent 83,3% des personnels en 2007 (d’après  l’ouvrage d’Amandine Thibaud). Elles sont donc plus exposées à la contamination que l’homme. Ce qui favorise la transmission du COVID-19 envers les enfants par exemple, mais aussi envers le conjoint. 

D’autres inégalités sont plus criantes encore, et au sein même du couple. La répartition des corvées pendant le confinement pourrait-être plus inégale pour les femmes que pour les hommes. Dans les ménages où l’égalité a été complexe a obtenir, l’homme risquerait de juger avec subjectivité de l’importance de l’emploi de sa femme et donc de lui attribuer les taches domestiques et parentales. Un exemple très bien expliqué par Alice Raybaud dans son récent article dans Le Monde

représentation visuelle inégalité au sein du couple © Getty image représentation visuelle inégalité au sein du couple © Getty image

 

Non seulement l’égalité au sein du couple risque de ne plus être respectée, mais cette période de pandémie et de confinement fait exploser le risque pour les femmes violentées et battues par leur conjoint. L’alcool, les drogues, ou l’angoisse liée au confinement, tant de facteurs qui favorisent une période de tension rendant la possibilité de violences conjugales déjà existantes encore plus croissante (+32% de violences conjugales depuis le début du confinement d’après LCI). La décision du ministère de l’Intérieur de donner la possibilité aux victimes de se réfugier au sein des pharmacies est une « attention » de l’Etat, certes positive, mais il faut imaginer que la victime doit parvenir à fuir son domicile.

Le collectif Nous Toutes Org alerte — lors de nombreuses mobilisations et manifestations — de l’urgence à trouver des solutions qui auraient pu éviter les 149 féminicides ayant eu lieu en France l’année dernière. Marlène Schiappa et le gouvernement, bien que mobilisé avec l’exemple du « Grenelle contre les violences conjugales » de Septembre dernier, n’a pas su prévoir et assurer la sécurité intra-familiale lors de ce confinement. Le gouvernement a du rapidement gérer une crise sanitaire d’une ampleur inédit., Cependant il se doit d’assurer la sécurité de chacun de ses citoyens. En Seine-Saint-Denis, un enfant de 6 ans est mort sous les coups de son père devant le reste de la famille. (Source : Sud-Ouest)

Ce vendredi 27 Mars, le Premier Ministre Edouard Philippe a annoncé le prolongement de 15 jours du confinement soit jusqu’au 15 Avril prochain. L’augmentation des violences conjugales et intra-familiales risquent alors d’évoluer en corrélation avec la durée de celui-ci, tant qu’aucune mesures est prise.

 

La prise de conscience pour ne plus prendre de retard.

 

Ne plus prendre de retard, c’est pour cela que j’appelle les responsables politiques concernés, soit Emmanuel Macron, Edouard Philippe, Christophe Castaner mais surtout Marlène Schiappa  —  dont l’implication a été importante et dont l’engagement pour cette cause est immense  —, à  d’ores et  déjà prendre des mesures fortes et réelles pour éviter que la liste des 20 féminicides de cette année 2020 (d’après Nous Toutes Org) ne s’allonge. Il en va de la responsabilité des responsables politiques, mais aussi de la conscience citoyenne.

Nous ne pouvons pas nous permettre d’effacer les avancées sociales récentes de ces dernières années. La pandémie de COVID-19 doit être placée au centre des agendas politiques, sans pour autant paradoxalement nuire à la sécurité de chacun. 

L’Inde et son milliard d’habitant entre à son tour dans une période de confinement. La revue The Lancet rapporte que l’Inde comptabilise 37% des suicides de femmes dans le monde (entre 1990 et 2016). La situation indienne à propos des violences conjugales et des viols conjugaux est absolument effarante et les pourcentages risquent d’exploser pendant cette période de confinement.

 

Quel rôle pour les organisations internationales ?

 

Emmanuel Macron appelle à sanctuariser les forces des différents pays et à une collaboration internationale face à cette crise. Le G7 de 2019 ayant eu pour thème principal les inégalités, celui que le président français a réuni par visioconférence lundi 16 Mars, n’a pourtant pas évoqué de stratégie pour éviter l’explosion des inégalités et des violences intra-familiales durant cette crise. 

Macron G7 Macron G7

C’est pour cela qu’une stratégie de « soulagement » doit être orchestrée par les organisations internationales à propos des responsabilités diplomatiques de chaque pays du monde. Cela permettrait aux responsables politiques de se concentrer sur la gestion de la crise, mais aussi sur le respect du droit des femmes. Différentes initiatives vont déjà dans ce sens. En effet, Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN appelle de son coté à différentes « pauses humanitaires » et « cessez le feu » dans différents conflits comme par exemple en Afghanistan. L’ONU et Antonio Guterres alarment sur l’importance de prévoir la pandémie dans le Sud et s’organise avec l’UNICEF à ce sujet. Mais l’effort doit aussi être individuel, les choix diplomatiques en temps de crise doivent être lucides, c’est à dire de suivre entre autre l’exemple français de stopper son intervention en  Irak  …

De plus, il faut penser au jour d’après. L’ONU a accordé une place majeure à ces inégalités dans un sommet  intitulé « Génération Egalité » et qui aura lieu en juillet prochain à Paris. La crise actuelle ne doit pas empêcher des avancées historiques telles que ce futur sommet. L’implication des chefs(ffes) d’état et de la société civile au sein du débat étant inévitable pour pouvoir trouver des solutions. Il faut poursuivre ce que nous avons débuté.

 

Si l’heure est à la gestion de la pandémie pour éviter, d’un point de vue sanitaire et économique un vrai cataclysme, cette situation ne doit laisser pour compte aux droits fondamentaux et féminins. Des femmes, des organisations comme Fondation Des Femmes ou bien l’ONU Femmes, vous avertissent chaque jour, à travers cette tribune, entendez-les.

L’heure n’est plus au constat mais aux solutions.

 

Lucas LEGAILLARD.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.