Enquête judiciaire sur des ministres, emparons-nous du symbole !

Plusieurs des plaintes déposées contre l’ex-Premier ministre et ses deux ministres de la Santé ont été retenues par la Cour de justice de la République. L’enquête portera sur le délit d’abstention de combattre un sinistre.

Quatre mois donc, c'est le temps qu'il aura fallu aux magistrats de la Cour de Justice de la République pour tenter de contrecarrer l’armada de quatre-vingt-dix plaintes reçues contre des membres du gouvernement. Sur ces quatre-vingt-dix plaintes cinquante-trois ont pu être traitées à ce jour et sur ces cinquante-trois, neuf ont traversé le filtre pour être jugées recevables.

Ainsi, Édouard Philippe, Agnès Buzyn et Olivier Véran passeront devant la commission d'instruction de la Cour de Justice de la République pour que lumière soit faite sur leur gestion de la pandémie. Gestion qui, comme nous le savons s'est transformée en crise sanitaire par une guignolesque débâcle caricaturale que l'on pourrait aisément reproduire par le burlesque de leur médiocrité. Des "conseillers techniques ont remplacé les commandants de crise" soulignent gentiment les pompiers dans un récent rapport accablant pour le gouvernement.

L'instruction, en théorie, devrait nous permettre pour la première fois depuis le début de la crise et l'avènement du mensonge comme loi symbolique à l'Elysée de connaître la version brute des événements et des actions des dirigeants lors des faits.

La qualité de rédaction des plaintes retenues et la mention de l'article 223-7 du code pénal ne représentent que trop bien leurs mensonges et leur incompétence à gouverner. Pour cela, les 7 magistrats en charge de l'étude des requêtes n'ont eu d'autre choix que de confier au procureur général François Molins le soin de mener une enquête pour élucider les faits reprochés par les plaignants.

Victoire, enfin pour toutes celles et ceux qui n'ont jamais douté de la manipulation éhontée et permanente de ce gouvernement depuis le début !

Victoire, satisfaisante pour toutes celles et ceux qui ont dénoncé les partitions de flûtes d'un résident de la république révulsif au plus fort de l'anxiété sociale !

Victoire, reconnaissante pour toutes celles et ceux qui se sont battus contre un virus en période de destruction du service public pour se briser finalement face à la milice de l'État !

Victoire, logique pour celle dont la gentillesse de la pensée ne gangrène pas encore la capacité critique !

Victoire, évidente pour celui qui est incapable de se satisfaire de l'inacceptable menteur en col blanc !

Et Victoire, mémorielle, pour 30 000 corps sous une croix, pour nos sages, nos anciens, nos familles, nos méprisés !

Cependant, lors de l'instruction, devra être prouvée l’intentionnalité avérée (ou non) des ministres à ne pas agir pour palier à la crise alors qu'ils en avaient les moyens. Devra être prouvée aussi, non pas l'insuffisance des ministres à agir mais l'absence totale d'action de leur part et enfin devra être prouvée la preuve du sinistre infligé à la population française.

Autrement dit, la preuve du préjudice moral ! Hélas, la justice française n'en est pas encore à ce niveau d'exigence !

Pour cela, il est fort probable que cette enquête judiciaire n'ait qu'un poids symbolique.

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Inutile donc d'imaginer une quelconque condamnation de la part de cette cour de haute classe, qui en faisant face à des individus de hauts rangs perd le mythe de l’égalité dans les labyrinthes du droit et par la même le trait ferme et inaltérable de son indépendance !

Dans la grande pyramide inégalitaire qu’on appelle société, les forts protègent les forts. Je ne vous apprends rien. Nous, les faibles, qui portons le poids entier de cette société sur nos épaules, pouvons encore nous contenter de celui du symbole !

Le symbole est la construction de nos représentations et la légitimation de leur politique. En le maîtrisant nous pouvons prendre contrôle sur eux comme ils ont le contrôle matériel de nos vies.

Trois ministres sous le coup d’une enquête judiciaire c’est quelque chose qui s’apprécie, pour la justice d’une période noire.

Alors je le dis, emparons-nous du symbole !

Et peut-être comprendrons nous Zola jusqu'à la “vérité qui monte d’un coup d’aile jusqu’au symbole” !

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