Société ! Entends-tu hurler justice ?

L’assignation de 200 pages reposait sur des documents officiels et des déclarations de professionnels devant les commissions d’enquête parlementaires. Allions-nous pouvoir demander légalement des pièces aux dossiers confidentiels ? Allions-nous pouvoir faire un pas en avant sur ce qu’il s’est réellement passé ? Allions-nous faire valoir notre droit de transparence sur la crise sanitaire ?

A priori non. Elle est pour l’instant beaucoup trop occupée à donner raison à Lafontaine. 

J’étais le 3 mars dernier au Tribunal de Paris pour participer au référé probatoire visant à recueillir des éléments destinés à constituer un dossier pour un éventuel procès visant les institutions et leurs acteurs responsables du fiasco de la crise sanitaire. Initié par Me Lèguevaques, ce référé avait convoqué bon nombre d’acteurs ayant de près ou de loin une responsabilité dans la première partie de la crise (mars à juin 2020). Le 3 mars donc, une première audience avait eu lieu avec les avocats de l’ARS Ile de France, de la Direction Générale de la Santé, de la Haute Autorité de Santé, de l’AP-HP, de l’Agence Santé Publique France, de la Direction Générale des Douanes, de plusieurs EHPAD, de Carrefour et Leclerc. 

Pour rappel, le but de ce référé était de pouvoir convaincre le juge de nous laisser accéder à un certain nombrs de documents confidentiels pour faire toute la lumière sur : 

1- la disparition de millions de masques et de fait leur pénurie ayant entraîné une mise en danger du personnel soignant et de la population générale pendant des mois. Tout comme leur réapparition soudaine dans la grande distribution alors qu’ils étaient censés être réquisitionnés selon les mots de Macron. 

2- le choix thérapeutique de résidents selon des critères discriminants tels que le validisme et l’âge faute de places et de moyens suffisants en hôpital. 

L’assignation de 200 pages reposait sur des documents officiels et des déclarations de professionnels notamment devant les commissions d’enquête parlementaires.

L’audience en référé avait donné lieu à une performance très bien ficelée par les avocats des parties, maîtrisant à la perfection l’art de ne pas répondre sur le fond mais d’attaquer sur la forme. Nous savions effectivement qu’il ne s’agissait là que du jeu juridique habituel. Nous étions donc pendus à la décision du juge qui avait fixé sa décision au 9 juin, soit avant hier. 

Allions-nous pouvoir demander légalement des pièces au dossier pouvant expliquer ces manquements ? Allions-nous pouvoir faire un pas en avant sur ce qu’il s’est réellement passé ?

J’arrête de faire durer le suspens, la réponse est non. 

Un grand non au besoin de justice. Un grand non au besoin de transparence. Un grand non à l’action collective. Un grand non à la participation citoyenne de vérité face au désastre de la pieuvre administrative française et des mensonges d’Etat destinés à la protéger. 

C’est ainsi, que dans un élan d’espoir de plusieurs mois, le juge des référés du Tribunal Judiciaire de Paris a douché la force citoyenne incarnée dans cette procédure en justice. C’est ainsi que le juge, main de la Justice, a refusé catégoriquement l’accès aux informations relatives à la gestion de la crise. 

Son argument ? 

Pour le juge , il n’y a“pas d’intérêts légitimes” à savoir. 

Magnifique n’est-ce pas ?

Voilà comment on enterre une démocratie. Prenez un scandale d’Etat et un peu de mobilisation citoyenne qui en résulte, prenez un peu d’audace et le droit de savoir, faites mijoter quelques mois pour nourrir espoir et engouement sur une potentielle transparence possible puis mettez-y le feu sans ambages ! Détruisez ce début de zèle citoyen malvenu ! 

C’est par le dégoût que la Justice aujourd’hui exprime son écoute à l’égard de la plus grande défiance jamais mesurée envers le politique et l’élu. C’est par le mépris qu’aujourd’hui elle traite le besoin de vérité et de transparence qui habite chacun de nous. C’est avec complaisance qu’elle maintient la culture du mensonge en politique. 

Que dire de plus ? Les incertitudes resteront des incertitudes. Les mensonges d’Etat continueront de nous hanter, jour après jour, narguant notre soif de vérité. Le doute persévérera dans sa cristallisation délétère participant aux théories les plus folles. 

Et alors, si l’on nous refuse l’accès aux documents confidentiels sur un scandale d’Etat, si l’on nous refuse le droit de transparence citoyenne, si l’on nourrit tout ce qui peut participer à la croissance des interprétations que l’on ne se gêne pas de fracasser sur l’autel du complotisme, alors que nous reste-t-il ? 

Que nous reste-t-il ? 

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