Rien n'a changé !

La situation politique de la France au 11 septembre 2020. Le manque d'anticipation, le retard, l'opacité et l'incompétence, toujours, comme une valeur constante de la vie politique du gouvernement Macron.

Il serait bien de pouvoir parfois annoncer de bonnes nouvelles, mais ce gouvernement ne laisse hélas pas beaucoup de choix.

Le président pour commencer, fraîchement revenu du Liban où il tente d’organiser un gouvernement monté de toutes pièces pour asseoir sa mainmise sur le Moyen-Orient n’a pas pensé opportun d’être dans son pays pour cette rentrée catastrophique. Il préfère prendre des bains de foule messianique à Beyrouth, sans protections ni gestes barrières tout en pactisant avec des groupes armés comme le Hezbollah pour fonder son obscure politique étrangère. Cet homme est clairement hors du temps et de l’espace que nous partageons. Mais ce n’est pas vraiment une information sensationnelle.

Pendant ce temps, en France, alors que le gouvernement essaye de nous imposer l’idée par des effets d’annonce permanents que la situation serait parfaitement gérée par l’obligation de porter un masque pour les élèves et les professeurs. La réalité est tout autre et bien plus préoccupante. Des alertes qui me sont parvenues, la rentrée est une catastrophe sanitaire à huis-clos. Une professeure m’a ainsi confirmé que la distanciation physique en milieu clos était considérée comme “facultative”. Que la consigne de limitation du “brassage des groupes” est une consigne inexplicable et inapplicable en l’état, dans la mesure ou la cantine, les cours d’EPS, des ateliers, des classes pleines et autres particularités des collèges/lycées fonctionnent à plein régime. Ainsi, le gouvernement souhaite sans honte que le personnel de l’Education Nationale fassent office de magie. Le gouvernement souhaite également garantir la sécurité et la santé des élèves et des personnels avec un fonctionnement à plein régime des écoles en France, ce qui est, en tout cas tant que nous aurons les mêmes politiques aux mêmes places de responsabilité, impossible.

Et ce n’est pas tout, le lavage des mains préconisés ne peut pas non plus avoir lieu, tant l’état des écoles en France est laborieux. Dans la ville de Marseille par exemple, il y a des écoles ou les robinets ne fonctionnent pas et ou l’eau ne peut même pas couler ! Pour les chanceux, une boîte de gel est disposée au portillon le matin et le tout pour 500 élèves. Enfin, pour les personnels et enfants “vulnérables”, la rentrée sera “normale” sans mesures de protections particulières !

Comme un exemple de l’ingérence renouvelée de nos dirigeants, le président s’étouffe hier en parlant avec un masque mais soumet tous les professeurs de France à cet exercice que lui-même ne peut pas tenir plus de quelques minutes. Entendons-nous bien, il n’est pas question ici de remettre en question le port du masque, il est question ici de remettre en question la capacité d’adaptation à une situation inédite d’un gouvernement adepte d’une politique de profit permanent et de soumission totale à une économie qui fait loi. Non, nos vies, notre santé et notre avenir ne sont toujours pas les priorités pour ce gouvernement qui incarne chaque jour de bataille perdue contre le virus un peu plus l’infamie.

Le “grand plan de relance” annoncé qui devrait s’appeler le “grand plan de rupture” pour effectivement espérer que le monde d’après ne soit pas aussi apocalyptique que le monde d’avant, est l’ultime sursaut d’un paradigme vendu par ce qu’il convient aujourd’hui d’appeler des prédicateurs du libéralisme économique. De combien d’exemples aurons-nous besoin pour que le désir de changement nous assaille ?

Les tests, qu’ils nous avaient promis et qui allaient pouvoir changer le cours de la pandémie se trouvent être, comme tout ce qui est touché par cette politique, un fiasco enrobé de slogans séduisants. Le ministre Véran nous avait promis un million de tests pour l’été, nous les aurons finalement eu pour septembre. Malgré ce retard, saluons tout de même le million de tests hebdomadaire réalisé en France depuis la rentrée. Et comme une fois n’est pas coutume, saluons aussi le manque d’anticipation de notre pays qui semble aller de pair avec tout ce qu’il entreprend tout le temps. Ainsi, l’intensification de la politique de test fonctionne et entraîne par conséquent d’interminables heures d’attentes dans des files gigantesques qui entraînent découragement, refus de se faire tester au bout de 12 heures d’attente et inévitablement de la colère. Des résultats de tests réalisés le 25 août commencent à tomber aujourd’hui, après plus de deux semaines d’ignorance de la situation virologique de la personne testée. La France 6ème puissance mondiale et meilleur système de santé mondial.

L’engorgement des structures de soins qui testent n’a évidemment jamais été anticipé, ce qui nous donne l’occasion de préciser que la seule et véritable chose que nous pouvons encore anticiper avec nos ministres, c’est leur aptitude structurelle à l’ingérence et à enchaîner les tweets plusieurs heures par jour avec des annonces de communication massives.

Le prélèvement salivaire pourrait permettre une rapidité d'exécution accrue et pallier à la pénurie de personnel de santé pouvant réaliser le prélèvement nasal et prévenir la pénurie de matériel précieux qui risque de manquer à nouveau(masques, surblouses) mais une fois de plus, raisonner ainsi se heurte aux réalités du système de santé actuel, défiguré par les coupes budgétaires et les suppressions de personnel. Cette réalité se heurte aussi par le fait que les premiers essais cliniques pour valider la méthode des tests salivaires ne font que commencer en France : ni plus ni moins que huit mois après le début de l’apparition du virus. Comme le serpent qui se mord le queue, la tragédie du Covid-19 ne paraît plus pouvoir souffrir d’une comparaison avec les tragédies grecques antiques les plus absurdes!

Alors oui, la situation au Brésil est préoccupante, le virus en Inde est hors de contrôle et toute politique de gestion est forcément responsable. Mais souligner le pire d’ailleurs pour justifier le médiocre d’ici c’est s'accommoder avec le médiocre et s’accommoder avec le médiocre c’est accepter sa propre déchéance.

Pendant ce temps, le virus continue sa progression, la deuxième vague devient réalité, le fantasme mortifère va éclore et une étrange intuition commence à caresser nos consciences : nous avons déjà vécu cette scène !

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