Impact psychologique de la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement français

Très tôt après le début de la crise sanitaire en France j’ai été alerté par l’impact psychologique de l’arrivée du Covid-19 mais aussi et surtout par l’effet de la gestion de cette crise par le gouvernement français sur la population. J’ai donc décidé de me lancer à cette période dans une grande étude afin de pouvoir mesurer cet impact.

J’ai donc fait passer un questionnaire destiné à mesurer cet impact sur un public de soignants et de non soignants en puisant dans un réseau large. Lancée à partir de juin 2020 et clôturée en novembre 2020, l’étude visait à questionner les participants sur la première phase de la gestion de la pandémie qu’ils venaient de traverser et aussi sur la deuxième donc, juste avant noël. 

L'idée de l’étude était de pouvoir mesurer l’impact psychologique de la gestion de la crise sanitaire, indépendamment de la crise sanitaire, elle-même génératrice d'angoisse. 

Le questionnaire portait sur trois mesures : le niveau d’anxiété, de dépression et la déclaration de la présence de symptômes de stress post-traumatique. Une vingtaine de questions supplémentaires permettaient de connaître l’avis des participants sur leur exposition aux médias, la confiance accordée aux médecins, aux politiques, et d’autres questions concernant la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement français et ainsi pouvoir créer des relations de corrélations. 

Sur les 3000 personnes ayant répondu à cette étude, 667 n’ont pas pu être comptabilisées pour cause de réponses incomplètes. 2 333 personnes composent donc la population finale d'où sortent les résultats avec un groupe soignant (461) et un groupe non soignant (1872) ce qui peut être considéré comme un gros échantillonnage. L’étude est composée de participants venant de toute la France. 

J’ai décidé de rendre public cette étude car cela peut permettre de mieux cerner l’impact psychologique de la gestion de la crise sanitaire au niveau collectif. Surtout que nous ne sommes pas tout près d’en finir réellement avec cette situation. 

Les 5 hypothèses de départ qui ont toutes étés validées, peuvent être interprétées comme cela : 

1) De manière générale, le groupe soignant rapportent des scores d'anxiété et de dépression plus élevés et déclarent plus de symptômes du TSPT (trouble de stress post-traumatique) que la population générale (groupe non soignant).

→ Interprétation possible : L’impact psychologique fort du groupe soignant vient marquer leur exposition pendant cette période. L’impact du virus a été conséquent mais aussi du manque de matériel, des mensonges sur les masques, du manque d’anticipation des dirigeants, manque de moyens et de la confrontation directe avec la mort/maladie en contexte pandémique. 

2) Les individus qui jugent plus négativement la gestion de la crise sanitaire donnent des scores d'anxiété et de dépression plus élevés et déclarent plus de symptômes du TSPT que ceux qui jugent la gestion de la crise de manière plus positive.

→ Interprétation possible : les personnes qui ont jugé la gestion de la crise comme non soutenante, déconnectée de la réalité, perturbante, insécurisante, négligente, incohérente, incompétente et inefficace sont plus impactées sur le plan psychologique que les personnes ayant jugé la gestion de la crise sanitaire selon des termes contraires. Ces derniers, n’ayant eu que le stress de la survenue d’un virus inconnu sont moins impactés psychologiquement. On constate donc que la gestion de la crise, par dessus le virus qui est une variable commune pour tout le monde, aggrave ou atténue l’impact psychologique chez les participants. 

3) Les individus qui ont été davantage exposés aux médias pendant la période rapportent des scores plus élevés d'anxiété et de dépression et déclarent plus de symptômes du TSPT peu importe le groupe (soignant vs non soignant).

→ Interprétation possible : C’est un potentiel effet du confinement qui a entraîné une surexposition maintenue aux médias, sources anxiogènes d'information pendant cette période. 

4) Les individus qui déclarent avoir fait confiance en la parole politique rapportent des scores d'anxiété et de dépression moins élevés et déclarent moins de symptômes du TSPT que les individus ayant fait confiance en la parole politique, peu importe le groupe.

→ Interprétation possible : Ici, on constate que faire confiance en la parole politique atténue les scores rapportés d’anxiété, de dépression et de symptômes de stress post-traumatique. Ainsi, il est possible de penser que les mensonges d’Etat, le manque de consensus au sommet de l’Etat et les multiples fausses alertes sur les écoles par exemple, ont aggravé le niveau d’anxiété, de dépression et de symptômes de stress post-traumatique. 

5) Le groupe soignant, exposé aux médias qui ne fait pas confiance en la parole politique, rapporte les scores les plus élevés de dépression et d'anxiété et déclarent beaucoup de symptômes du TSPT.

→ Interprétation possible : C’est le groupe qui a le plus souffert dans la pandémie de manière générale. Le profil type : un(e) soignant(e), exposé(e) aux médias pour s’informer de la gestion de la crise, qui ne fait pas confiance en la parole politique, par exemple lorsque des représentants du pouvoir ont dit que les masque ne servaient à rien et qui a eu à gérer la première vague de Covid-19, rapporte des scores élevés d’anxiété et de dépression (plus élevés que le groupe non soignant) puis déclare beaucoup de symptômes de stress post-traumatique ( plus que le groupe non soignant). 

stats

A = anxiété

D = dépression

P = syndrome de stress post traumatique

Pour les autres items, voici les corrélations possibles : 

  1.  Plus les participants se tiennent/se sont tenus informés des mesures annoncées par le gouvernement français plus ils ont rapporté des scores élevés aux échelles d’anxiété, de dépression et de stress post-traumatique (A/D/TSPT). 
  2. Plus les participants considèrent/ont considéré que ces mesures annoncées sont/ont été appliquées moins ils ont déclaré des scores élevés aux échelles A/D/TSPT 
  3. Plus les participants sont/ont été davantage exposés aux médias durant cette période qu’auparavant plus ils ont déclaré des scores élevés aux échelles A/D/TSPT 
  4. Pas d’effet significatif pour cet item. 
  5. Pas d’effet significatif pour cet item. 
  6. Plus les participants font/ont fait confiance en la parole politique avant tout moins ils ont déclaré des scores élevés aux échelles A/D/TSPT 
  7. Pas d’effet significatif pour cet item. 
  8. Plus le sujet de la gestion de la pandémie du Covid-19 par le gouvernement français est/a été présent dans les conversations avec les ami·es, les collègues et la famille des participants plus ils ont déclaré des scores élevés aux échelles A/D/TSPTLa gestion de la pandémie de Covid-19 par le gouvernement français 
  9. Plus les participants sont satisfaits/ont été satisfaits de la gestion de la pandémie de Covid-19 par le gouvernement français, moins ils ont déclaré des scores élevés aux échelles A/D/TSPT. 
  10.  Plus les participants ont/ont eu le sentiment d’être soutenus par la gestion de la pandémie de Covid-19 par le gouvernement français, moins ils ont déclaré des scores élevés aux échelles A/D/TSPT. 
  11.  Plus les participants ont/ont eu le sentiment d’être considéré par la gestion de la pandémie de Covid-19 par le gouvernement français, moins ils ont déclaré des scores élevés aux échelles A/D/TSPT. 
  12.  Plus les participants sont/ont été perturbés au niveau professionnel par la gestion de la pandémie de Covid-19 par le gouvernement français, plus ils ont déclaré des scores élevés aux échelles A/D/TSPT. 
  13.  Plus les participants sont/ont été perturbés au niveau social par la gestion de la pandémie de Covid-19 par le gouvernement français, plus ils ont déclaré des scores élevés aux échelles A/D/TSPT. 
  14.  Plus les participants sont/ont été perturbés au niveau personnel par la gestion de la pandémie de Covid-19 par le gouvernement français, plus ils ont déclaré des scores élevés aux échelles A/D/TSPT. 
  15.  Pas d’effet significatif pour cet item. 
  16.  Plus les participants ont/ont eu le sentiment d’être en sécurité dans la gestion de la pandémie de Covid-19 par le gouvernement français, moins ils ont déclaré des scores élevés aux échelles A/D/TSPT. 
  17.  Pas d’effet significatif pour cet item.
  18. Plus les participants ont/ont eu le sentiment que la gestion de la pandémie de Covid-19 par le gouvernement français est/a été négligente envers des domaines importants pour eux, plus ils ont déclaré des scores élevés aux échelles A/D/TSPT. 
  19. Plus les participants ont/ont eu le sentiment que la gestion de la pandémie de Covid-19 par le gouvernement français est/a été cohérente, moins ils ont déclaré des scores élevés aux échelles A/D/TSPT. 
  20.  Plus les participants ont/ont eu le sentiment que la gestion de la pandémie de Covid-19 par le gouvernement français est/a été compétente, moins ils ont déclaré des scores élevés aux échelles A/D/TSPT. 
  21.  Plus les participants ont/ont eu le sentiment que la gestion de la pandémie de Covid-19 par le gouvernement français est/a été efficace, moins ils ont déclaré des scores élevés aux échelles A/D/TSPT. 
  22.  Plus les participants ont/ont eu le sentiment que le gouvernement français fait/a fait le maximum de ces possibilités dans sa gestion de la pandémie de Covid-19 moins ils ont déclaré des scores élevés aux échelles A/D/TSPT. 
  23.  Pas d’effet significatif pour cet item. 
  24.  Pas d’effet significatif pour cet item.

Les matrices de corrélations :

stat-1

stat-2

stat-3

stat-4

Attention, il convient de rappeler que cette étude, n’ayant pas été publiée dans une revue, ne peut constituer un travail à proprement scientifique. Ce travail est juste une contribution à l’étude de l’impact psychologique de la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement français sur une population. Pour autant, ce sont de véritables données, c’est pour cela que je pense qu’elles doivent être rendues publiques

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