Désintoxication macroniste !

Hier, une fois de plus, j’ai écouté Macron. Je dois avouer que cette habitude flirte maintenant avec la curiosité morbide de celui qui souhaite voir jusqu'où peut mener la déchéance de la perversion narcissique.

La séquence d’hier est venue présenter un homme qui, calmement, nous a expliqué que les 600 jours qui lui restait de présidence allaient être consacrés à construire ce qu’il avait mis trois ans à détruire. Quand on pense qu’il a « failli tout annuler à la dernière minute, de peur que sa prise de parole soit trop superflue » (Figaro) on se dit qu’il lui reste par delà le costume trop grand encore un peu de lucidité. Pas assez visiblement pour éviter de l’entendre nous raconter ses histoires un jour de 14 juillet ou nous assistons à la crémation d’une partie de notre histoire commune et de notre héritage collectif. A défaut de la présider, quand donc cet homme va enfin aimer la France ? Perdre espoir de changement chez lui, cadenassé par l'obsession de sa réélection et étouffé par son égoïsme n’est que simple logique et amène à se questionner : aura-t-il assez d’amour pour s’aimer et se contenter lui-même tant il considère sa haute personne comme sacrée ?  

Face à lui se trouvaient Léa Salamé, dont la virulence journalistique disparaît vitement face au costume de celui qui possède l’argent (fut-il fraudeur) et Gilles Bouleau le journaliste caniche. A eux trois, ils nous ont offert une délirante prestation. Voici ce qui en ressort après la désintoxication à laquelle je me suis attelée.    

Macron est délirant lorsqu’il prétend offrir la vedette aux blouses blanches un 14 juillet. En réalité, c’est une humiliation supplémentaire telle la bête de foire que l’on transporte de cage en cage et qui sous le rideau gesticule pour donner du crédit à son propriétaire.

Délirant lorsqu’il tourne en dérision la détestation à son égard en la qualifiant de “jeu des maladresses”. En réalité un président qui ne peut se déplacer sans une armée rapprochée s’appelle un tyran.

Délirant toujours lorsqu’il dit que les violences dans les manifestations ne peuvent être acceptées. En réalité c’est le symptôme d’un pays fracturé et d’un État moribond.

Halluciné lorsqu’il parle d’un pacte pour lequel il est élu, alors que dans les chiffres défigurées par l’abstention, il obtient un score aux présidentielles de 18 % des inscrits. Le seul pacte véritable c’est un pacte entre lui et lui-même.

Préoccupant lorsqu’il prétend que “leur” gestion de la pandémie est loin d’être la pire. En réalité, celui qui se satisfait du moins pire est celui qui se complait dans le pire quand même. Se complaire dans le pire c’est accepter d’être médiocre.

Méprisant lorsqu’il utilise le terme spinoziste des passions tristes pour qualifier celles et ceux qui ne souhaitent plus avancer à ses côtés. En réalité, son modèle économique de croissance absolue n’est ni plus ni moins qu’un vestige du moyen-âge.

Etourdissant, lorsqu’il dit qu’il a fait ce qu’il avait dit qu’il ferait. En réalité, la béance est tellement grande que nous ne pouvons nous en tenir qu’à l’écologie : Glyphosate cancérigène ? promesse envolée  ! Accords de Paris ? envolée aussi ! CETA ? envolée toujours ! Centrales à Charbon, acceptées ! Projets d’hydrocarbure ? acceptées !

Guignolesque lorsqu’il dit qu’il va développer les petites lignes ferroviaires que lui-même s’est attelé à fermer. En réalité, un homme qui reconstruit ce qu’il détruit ne peut sans dissimuler un fou rire prétendre construire un projet de société.

Mythomane lorsqu’il annonce sa croyance dans les choses justes et dans le fait qu’aucune cause n’est défendue justement si on le fait en bafouant les principes fondamentaux de la démocratie, comme la justice.

Sur ce point je lui donne raison. Ainsi parle-t-il sûrement de sa lettre au Parquet National Financier, crachant sur la séparation des pouvoirs et destinée à disculper personnellement son directeur de cabinet Kohler, accablé par le fisc comme le révèle médiapart.

Inespérée, l’annonce du port du masque obligatoire entraine une question : va-t-il appliquer cela pour ses ministres ou est-ce que les ridicules embrassades à l’Elysée dues à l’émotion de la passation de pouvoir bénéficient d’une jurisprudence “élite” ?

Puis une grande phrase : “le patriotisme c’est l’amour des siens pas la haine des autres”. Cela entraine une question : qui sont les siens ? Les bénéficiaires de la suppression de l’ISF, sans doute.

Puis enfin viennent les multiplications des priorités, comme la fin d’un feu d’artifice. La jeunesse, les femmes, l’écologie, l’emploi, toutes et tous sont la priorité des priorités. 

Du coup on se demande quelle est la vraie si tant est qu’il y en aurait une seule véritablement incarnée. 

Une gêne apparaît, oui il aurait mieux fait de tout annuler. Macron est délirant, fantomatique et déplorable. Comme l’est celui ou celle qui pourrait un instant croire qu’un tel individu pourrait être à la hauteur des enjeux actuels.  

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