Légion d'horreur pour Edouard Philippe

Cela vous aura peut-être échappé mais Edouard Philippe a reçu il y a quelques jours la légion d’honneur de la part d’Emmanuel Macron. Visiblement, il reste des stocks de ces babioles à vider, d'où l'intérêt d’en donner à n’importe qui qui pourrait de près ou de loin aider le président à enrôler de l'électeur potentiel.

Pour info, Edouard Philippe, élu maire du Havre après avoir pris la fuite de Matignon après une gestion de crise dramatique, est tellement attaché à la ville qui l’a élu qu’il est actuellement en tournée dans toute la France pour faire la promotion de son livre!

Philippe, à l'issue de cette cérémonie, fera bien de rappeler qu’il s’est toujours senti guidé par deux principes : “la loyauté et la liberté”. Mettons de côté ce terme de “liberté” qui n’est juste qu’un artifice ostentatoire de prétendus principes issus de la philosophie des lumières auxquels n’importe quel homme politique se réclame pour l’usage. 

La loyauté 

C’est précisément ce terme qui est au cœur de l’action d’Edouard Philippe. 

Edouard Philippe est loyal, loyal envers la main qui le nourrit et qui continue de le faire. Il l’a toujours été. Il est de ces disciples zélés qui ne déçoivent jamais leurs maîtres. En quoi cela devrait nous provoquer une quelconque admiration ? 

Il n’a pas trahi Macron lorsqu’il : 

  • racontait sur toutes les télés qu’il n’y avait aucune pénurie de masque tout en commandant 200 millions de ces moyens de protection en coulisse. 
  • racontait que dans tous les cas, ils ne servaient à rien (le personnel soignant appréciera)
  • trafiquait des graphiques en conférence de presse pour faire croire que tout était bien géré, qu’il n’y avait aucune pénurie de ce qu’il manquait. Il aurait presque pu dire que les blouses en sacs poubelles du personnel soignant étaient dues à une volonté de leur part de se déguiser en pleine crise, histoire de rire un peu. 
  • a planté un 49.3 sur les retraites en sortant d’un conseil de défense consacré à la “protection des français face au Covid-19” (avec de gros gros guillemets). 

Comprenez, la loyauté n’est pas une belle valeur en soi, seule elle n’est rien. Être loyal n’est aucunement une donnée qui atteste de quelque chose de remarquable. Pourquoi ? Car la loyauté seule n’est rien, elle devient quelque chose lorsqu’elle est affiliée à quelqu’un. La loyauté est dépendante de l’autre pour s’affirmer comme une valeur véritable. 

Edouard Philippe se prétend loyal, mais encore faut-il donc savoir à qui il a prêté loyauté, pour enfin connaître les vraies valeurs qu’il prétend défendre. Or, nous pouvons être loyaux à des personnes tout à fait dangereuses, tout à fait déviantes et anti-démocratiques. 

J’aimerais pouvoir dire à cet Edouard Philippe que la loyauté peut se transformer en valeur ou en vice lorsqu’elle dévoile pour qui elle existe. Edouard Philippe dans sa loyauté à Macron a menti, mis des vies en danger, participé à une catastrophe sanitaire et a quitté Matignon lorsque le bateau tanguait et qu’il avait besoin d’un coup de neuf pour sauver son capitaine. 

Ne nous trompons pas, les valeurs que cet individu défend sont d’une part très subjectives et révèlent d’autre part une conception plutôt hasardeuse de ce qu’il vend comme une posture républicaine. 

Il ne pouvait pas faire aveu de médiocrité plus éloquent. 

La loyauté d’Edouard Philippe est une lâcheté sur l’autre versant du regard politique. La loyauté d’Edouard Philippe lui aura valu la légion d’honneur par celui envers qui il était loyal. Pour nous, ce n’est pas plus qu’une légion d’horreur, pas plus qu’un bout de tissu insignifiant portant le stigmate de leur abjection sans cesse renouvelée. 

Espérons que la Cour de Justice de la République ait une conception de la loyauté plus proche de la mienne que celle de l’ancien premier ministre. 

Sinon hier, 67% des électeurs et des électrices ne se sont pas rendus aux urnes. Comment s’en étonner ? 

Lentement mais sûrement, ce qui reste de démocratie en France pourrit lamentablement. 

Ne cessons jamais de dénoncer ces fossoyeurs de la République malgré le dégoût qu’ils et elles inspirent chaque jour de nos vies.

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