Un été de plomb

5 jours de vacances, les premiers depuis 6 ans, déconnecté de tout, et déjà tout un monde à rattraper. En bref, car les sujets se bousculent.

Beyrouth.

     Ça a été brutal, soudain, une explosion venue de nulle part. Enfin, pas vraiment. Le pouvoir libanais, déjà mis à mal par une crise sociale plus légitimement violente que jamais, prouve une nouvelle fois son incompétence et son sens des priorités. Notre Président a alors cru de bon goût d’aller piétiner le sang encore frais pour imposer des réformes néo-libérales en échange d’une solidarité. Du néo-colonialisme sans faille. Mais, soit. Probablement a-t-il oublié que des sites de stockage de nitrate d’ammonium dont on ne sait plus quoi faire, on en a aussi une vingtaine, en France, prêts à péter. Ou peut-être est-il allé, désespéré, creuser jusqu’à trouver l’amour populaire ailleurs que chez lui. La solidarité, oui. Les leçons patriarco-libérales, non.

Permafrost.

      Nous y sommes. La Russie continue joyeusement de laisser brûler ses forêts les plus proches des glaces éternelles sans que personne n’ose leur dire qu’ils déconnent, puisque le pétrole et les nouvelles voies navigables que cela offrira profiteront à tous. Résultat : des gaz hautement polluants sont en train de s’échapper de ces glaces plus vieilles que Michel Drucker, ainsi que quelques virus et bactéries qu’aucun humain n’a encore eu à affronter. Pendant ce temps, du côté de l’île Maurice, le Wakashio, vraquier qui s’est échoué en Juillet, est en train de se vider dans l’Océan. Bref, le pangolin et la canicule, c’étaient de petits joueurs à côté de ce qui nous tend les bras. Comme quoi, le capitalisme vert … vaste blague. Tu t’en fous, tu ne tenais pas tant que ça à l’humanité, mais c’est pour nous que ça t’emmerde.

Darmanin.

     Il a abattu LA carte qu’il ne fallait pas abattre : « La victime, c’est moi ». C’est quand même plutôt drôle de constater qu’il représente notre police, qui a un code de déontologie, dans lequel l’abus de pouvoir est clairement prohibé. On parle d’un bonhomme qui a reconnu avoir eu des relations sexuelles en échange d’une faveur pour un logement. Et ça s’appelle de l’abus de pouvoir, que toute la clique macroniste semble prête à défendre à tout prix. Alors, non, Gérald, quand on est interdit de casino pour avoir déféqué sur le tapis de poker, ce n’est pas le casino, le coupable. La responsabilité n’est pas un jeu que l’on truque comme bon nous semble. Décidément, entre le pouvoir et le peuple, le verre du plafond est de plus en plus remplacé par du plomb.

Disney.

     Le monde découvre que Mickey est un méchant capitaliste, prêt à faire raquer 30$ pour visionner un film, en plus de l’abonnement à sa plateforme de streaming. Certains exploitants haussent le ton, et ça se comprend. Certains râlent parce qu’ils devront payer autant pour ce film qu’ils attendaient tant, et ça se comprend moins. Tu n’as rien contre le Mulan d’origine. L’animation et la bande-originale, surtout lors des scènes de batailles, sont clairement de qualité. Pour ce qui est du propos, bon, c’est … une autre époque. Mais les remakes, qui vieilliront plus vite que leurs aînés, et que Disney nous pond commercialement depuis plus de 5 ans, non merci. Malheureusement, ça marche, bien plus que des pépites d’émotion, de rire ou d’émerveillement qui sortent de ces carcans lissés jusqu’à l’os. Mais il est toujours plus simple de blâmer les consommateurs que de blâmer ceux qui les formatent. Entre nostalgie et curiosité, les amateurs de spectacle répondront toujours présent. Et puis, il faut dire que Marvel, Star Wars, La Reine des Neiges, … ça rapporte gros à Disney. Alors, oui, il l’a un peu en travers de la gorge, le fait que le COVID ne permette pas d’engrosser les oreilles de ses actionnaires comme d’habitude. Du coup, leur dernière production, ils la survendent en ligne plutôt que de passer par les cinémas à un prix habituel. Inutile d’appeler au boycott, car ça ne fera que faire la promotion d’un film forcément moyen. Laissons simplement les imbéciles payer le prix fort pour ce qui se fait de pire dans la capitalisation de l’art. Et observons la réaction des critiques qui, le cul entre deux chaises, ne sauront dire du bien ni du mal du film. Mickey est devenu rat bien avant que Ratatouille ne naisse, évitons simplement que cette industrie cinématographique devienne la norme, ce qui est déjà bien parti depuis trop longtemps. Encourageons plus que jamais les films qui sont tournés hors des usines, et regardons les si possible dans les salles obscures et/ou de manière légale.

L’Étoile Noire.

     Au détour de tes vacances, tu es tombé par hasard sur la ville de Laon. Là-bas, tu es tombé, par hasard encore, sur une petite librairie appelée « L’Étoile Noire », avec un bac de livres offerts posés sur le trottoir. Intrigué, tu t’arrêtes. Une personne sort de la librairie et s’excuse pour la qualité médiocre de ces cadeaux. Tu entres, et tu découvres une librairie révolutionnaire, en plein centre d’une petite ville. Tu discutes du projet, tu es stupéfait par les personnalités qui sont déjà passées par là, tu achètes deux trucs qui aideront à payer les locaux, et deux trucs dont ils ne tirent aucun profit mais qui financent des projets indépendants annexes, locaux ou à l’autre bout du monde. Tu es tombé amoureux du lieu et du personnage qui le gère. Et tu te dis que, dans ta grande ville soi-disant socialiste, jamais tu ne trouveras un lieu pareil. Il t’a dit « Qu’est-ce que t’attends pour le faire ? ». T’y réfléchis, mais tu te dis de plus en plus que c’est infaisable. Quitter les métropoles pour de plus petites villes te tente de plus en plus. Entre pleine campagne ou petite ville, tu ne sais plus. Tu sais juste que tu ne veux plus de tous ces gens. Trop de gens. Beaucoup trop. Qui font n’importe quoi.

 

     La Chine déporte toujours, le Yémen est à l’agonie, mais tout le monde a le nez dans son masque. Et sinon, toi, ça va. Tu respires toujours, en tout cas.

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